Tant de fils et si peu de couture 1/?

Fin mai 1985, le divorce est prononcé entre Nicole J. et Michel M. Le précité a déjà entamé sa mue : après cette relation exclusiviste quasi létale (au moins l’auteur peut-il s’enorgueillir (!) d’avoir été frappé, écrabouillé est en l’occurrence le terme le plus adéquat, par LE Coup de foudre, il peut même en causer tout son saoul et, ainsi, animer l’un des chapitres d’une soirée « réussie » entre « amis » : sans abuser, l’inviter c’est vivre l’empirisme en direct), il lui fallait trouver de quoi reprendre un souffle, un lieu où poser ses corps et âme fourbus par tant de vains combats. Il travaillait alors en deux – huit, anachronisme à notre époque pour l’immense majorité des employés actuels, plus souvent en chômage technique ou chômage tout court que forcés d’embaucher à des heures indues. Mais que les lectrices et teurs se rassurent, pauvres tétanisés devant une telle horreur : Michel M. n’était seulement astreint qu’à ce pointer à sept heures du mat’, et sans frisson, afin de monter des bandes magnétiques sur les armoires appropriées…

… Appelées « dérouleurs de bandes magnétiques« , afin de faire les sauvegardes matinales des travaux compliqués et compilés de la nuit par l’ordinateur central (ça fait peur, hein ?), mais c’était avant l’invasion du dialecte anglo-saxon castrateur, si pratique car si concis, évident alibi afin que, par un naturel et progressif glissement de la flemme omniprésente, il devienne le parangon de la modernité jusqu’à être aujourd’hui vénéré par tous, au point que tous mettent des majuscules partout, cela parce que les anglo-saxons le font, ni plus ni moinsss. Mais là n’est pas le sujet que souhaite présentement approfondir Michel M. (peut-être en d’autres billets, et si le temps qui lui est imparti permette qu’il le fasse, s’amusera-t-il à exposer ici-même ces aversions envers cette flemme qu’il estime être responsable en premier lieu de la déliquescence sociétale multidomainiste actuelle, jugement de valeur à la clef), certes non : il s’agit en effet pour lui d’expliquer pourquoi le « communautarisme mariaunniste » ou « mariannisme communautariste » est à la fois tant addictif et si rapidement lassant.

Fin mai 1985, donc, le divorce est prononcé et Michel M., désappointé, meurtri, en mal de reconquête d’orgueil, rencontre le Minitel ; tout d’abord au bureau, une vaste sale informatique, de 7 à 13 (Chloé dort encore), entre deux bandes magnétiques bien amorcées : ils sont trois gus dans l’équipe du matin (et trois dans celle de l’après-midi, que l’auteur finira pas intégrer, son existence ayant assez rapidement rencontré un rythme de vie que seul cet horaire de l’après-midi, 13h – 20h, lui permettait de convenablement apprécier), il peut s’adonner au stupre miniteliste sans porter préjudice à ses collègues.

Vite fait : c’était quoi le Minitel, en 1985 ? Tout simplement le premier réseau vidéotexte d’Europe. Pour la technique, l’auteur laisse allégrement ceux qui savent expliquer à leur férus amis ce qu’ils découvrent dans ces lignes.

Entre mai 1985 et le moment où Michel M. embarque carrément l’engin chez lui (il ne s’explique d’ailleurs plus du tout comment une telle chose a pu être possible : emprunter le matériel de l’employeur, fallait-il que le Minitel soit peut utilisé alors), il s’est écoulé trois mois lors desquels il s’est créé son double, d’abord Datura, puis El Sombre Héros (ESH pour les plus acronymistes), cela sur un serveur (ancêtre de « site » ou « portail ») qui s’appelait 3615 ANTIGEL* : un écran divisé en cinq parties, chacune étant constituée du pseudonyme, puis d’un espace qui se remplissait du texte de son animateur (et là, c’était génial car on voyait les lettres s’écrire au fur et à mesure que les tapait son auteur, une idée de transparence de l’être totalement disparue depuis) avec un maximum de deux lignes de 80 caractères.

Exemple de l’accueil (portail d’alors) du Minitel : ça fait rêver, non ?

Indéniablement, Michel M. avait déjà ce « petit » plus d’un littérateur, doublé d’une rarissime franchise (il est le premier à avoir pris, par la suite et sur un autre serveur, 3614 Bistro en l’occurrence, comme pseudonyme son patronyme complet, Michel Marais, ce qui fit se pâmer d’admiration bon nombre de paranos à la petite semaine qui craignaient… quoi ? Mystère, les prémices du complotisme, sans doute) qui fit de lui un cador sur les deux serveurs suscités.

A suivre.

* 3615 = coût de la mort, l’auteur y reviendra.
PDF24    Envoyer l'article en PDF