Chutes annoncées

Voici une autre digression sans sens autre que celui du fil du temps et de ses témoignages, humain et naturel.

Au cours de la balade ripleysienne du jour,

les promeneurs rencontrent cela :

Même si cela n’est pas apparent sur le cliché, l’automobile est un peu couverte de poussière et de feuilles. Mais vu que la chaine et son cadenas sont, quant à eux, parfaitement lisses et métalliquement luisants, il ne fait aucun doute que se portail soit régulièrement ouvert ainsi que l’auto extraite de ce cloaque. En outre, les poubelles (mais qu’est-ce que le propriétaire peut-il donc bien y balancer, il y a tant à jeter, ici ?) sont, elles aussi, visiblement utilisées.

Une chaine et son cadenas, des poubelles et une voiture dont l’utilisation régulière ne fait aucun doute, contrairement à l’état de décrépitude bien avancé de la bâtisse : mais qu’elle peut donc bien être l’histoire de cette maison abandonnée ?

L’intérieur de la ruine ne semble guère plus reluisant : le contraire eut été bien étonnant ceci étant, mais ça fait une ligne de plus dans ce billet dont la pauvreté du sujet n’a d’égale que l’absence d’inspiration de l’auteur au moment où il écrit ces mots. Qu’à cela ne tienne, il a l’habitude de se laisser porter par l’imagerie qu’il expose sur son blog (et pas uniquement lorsqu’il use de la dive boutanche de rhum, palsambleu : en l’occurrence, il n’est que 16h17, et si Michel M. se mettait à siroter quelque alcool que ce soit à une telle heure indue, il perdrait indubitablement énormément d’estime de lui-même, bon sang), et cette demeure au bord de l’écroulement pourrait tout à fait être sujette à des extrapolations…

… Les héritiers se déchirent pour le partage de ce bien, leurs parents désormais décédés, tous autrefois enfants qui jouaient dans le jardin désormais jonché de feuilles mourantes et d’herbes non moins flétries, alors qu’un jeudi du mois de mai, la cadette de 7 ans invite quelques copines d’école pour son anniversaire, sa mère leur ayant préparé un gâteau au chocolat et du jus de fruits alors que le père est au bureau (à faire du gâteau ?), son frère de cinq ans son ainé qui reste dans sa chambre à jouer aux petits soldats, refaisant  » Le Jour le plus long  » et son débarquement sur le sol de sa chambre, avec les maisons en Légo à moitiés détruites (déjà) pour faire plus vrai, jalousant bien entendu un peu sa soeur, mais en jugeant derechef que ces quilles à la vanille sont vraiment bêtes avec leur jeu de dinette et de poupée Barbie, tu penses, les nulles…

Par avidité, par cette haine si chère à bien des familles autrefois unies, ces mêmes enfants devenus grands ont laissé mourir la maison de leur enfance plutôt que d’accepter que l’un d’entre eux puisse y demeurer, quitte à payer un loyer à ses frères et soeurs et, ainsi faire que tous aient éventuellement l’occasion de s’y retrouver une fois l’an, qu’ils revivent réunis sous le toit de leurs débuts dans le monde, ces instants de bonheur enfantin, puis de drames familiaux, qui jalonnent nos existences, à coup de souvenir oubliés par l’un, remémorés par l’autre, un troisième exhumant les cadeaux faits à leurs parents : dessin d’une assiette avec couteau et fourchette s’il vous plait et pâtes collés dedans, une glace sertie dans un soleil en terre cuite dûment peint en un jaune maintenant passé, une boite en carton recouverte d’une croûte de cuir vert réalisées pendant les cours de travaux manuels… Et puis les photos, les albums de photographies que leur mère avait patiemment constitués, année après année, chaque évènement familiale, chaque étape de la vie de tous se retrouvant là, figé pour une toute relative éternité et qui, désormais, deviennent sujet à disputes tant un raisonnable partage entre les enfants se révèle impossible, à moins de répartition des photos jusque là constituant un trésor unique… La fin d’une famille, et elles se finissent tellement souvent de la sorte, les aventures familiales…

Aussi, quand il y a une maison qui se meurt, l’éclatement de fratrie devient un crève-coeur pour tout l’entourage, élargi aux voisins qui assistent au lent naufrage de la vie d’une famille, eux qui ont vu se construire la demeure, s’y installer ce jeune couple, naitre puis grandir leurs enfants, qui ont été invités aux saucisses-parties et apéritifs dinatoires, ces fêtes qui faisaient date tant on y rigolait de tout et de rien, toutes choses qui rendent bien l’âme triste pour peu que l’ont se laisse aller à leurs souvenirs…

Et puis, un peu plus loin, un autre témoignage du temps qui nous pousse vers « la sortie », mais sans connotation morbide, puisqu’il ne s’agit que d’un cycle autrement calme, sans haine, sans joie, d’une neutralité bonhomme, le cycle saisonnier d’une nature sans cesse en mouvement et qui est la seule capable de tout assainir autour de nous, comme en nous.

Dans un mois, il n’y aura plus ici que branchages.

Le sens de la vie, quoi.

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