1983 – 85, souvenir du tarot du midi au P’tit Picpus et ce qu’il s’en suivit (avec les images, c’est moins pénible)

A l’époque, Michel M. travaille rue de Picpus, Paris XIIème. Il est jeune (il est né en juin 1960), encore marié (plus pour longtemps) et père d’un tout petit Guillaume M. (devenu très grand depuis, 1 920 millimètres croit-il se souvenir : il croit se souvenir car les rencontres se font très très rares entre l’auteur et son fils aîné (avec son fils cadet itou d’ailleurs, c’est la vie n’est-ce pas), pourtant les deux jeunes hommes sont franciliens comme papa) et il ne va l’importuner avec une question aussi incongrue). Le midi, après la cantoche, il se rend dans un estaminet du nom de P’tit Picpus, tenu par deux femmes plutôt âgées, ridées et girondes. Il ne sait pas comment il a atterri là, mais l’habitude est vite prise d’y jouer au tarot avec des jeunots du coin. Enfin « jeunots »… L’auteur n’a que 5 ou 6 années d’écart avec ces gamins qui fréquentent le lycée (privé) saint-Michel de Picpus.

De fil en aiguille, car charisme aidant n’est-ce pas, Michel M. va devenir comme une sorte de grand-frère pour quelques uns parmi ces taroteurs : Stéphane R., Marc R., Eric F., les deux frérots Pascal & Emmanuel C., et François B., pour ceux qui l’ont le plus marqué. Qui plus est grand-frère puisqu’il possède un trois pièces en banlieue (Ermont – Eaubonne) alors que toute cette bande vit chez les parents. Les soirées pétards s’enquilleront comme autant de délicieux enfilages de perles, quelques séances de Donjons & Dragons itou (mais l’une OU l’autre, car il y a incompatibilité entre fumer et jouer sérieusement (surtout qu’on risquait la mort avec ce jeu-là, palsambleu !)). Cette période va durer une petite année qui correspond à la durée du divorce de l’auteur (bin oui, comme tout le monde, mais toutefois avec une remarquable rapidité dans l’exécution des différentes étapes d’une relation hétérosexuelle : coup de foudre à 18 ans (juillet 1978) ; installation à deux (février 79) ; mariage (mai 81) puis enfant (novembre de la même année) ; séparation en septembre 84 et divorce prononcé en mai 85).

Suit donc une année en roue libre avec Minitel à la clef (11 000 Frs dépensés en l’espace d’un mois d’août 85 d’absolue folie, somme dont Michel M. ne disposait évidement pas, l’échéancier FT qui suivit s’étalera sur plus d’une année) et cette fameuse bande de mecs, à l’image d’une cours autour du roi Michel M. qui en avait bien besoin : rien de tel que d’avoir des admirateurs pour se refaire une santé psychologique. Pour ne rien gâcher de ce portrait faussement flatteur, l’auteur était d’une méchanceté parfaitement gratuite : il crachait son venin à coup de vannes blessantes (l’un de ses pseudonymes de miniteliste était d’ailleurs « In cauda venenum ») et autre pitoyable trait d’orgueil, car écraser l’autre pour se grandir se révèle très aisé lorsque l’on a l’esprit vif et que l’on est placé sur un piédestal. Le con…

Enfin bref, François B. (car il s’agit tout de même du sujet principal de ce billet) était, avec Stéphane R., le plus proche à tel point que l’un et l’autre finiront même par, plus ou moins, demeurer quelques temps dans cet appartement HLM, l’année du BAC étant là (la majorité civile avec) et les parents autrement permissifs que dans les années 00 : ils avaient toutefois rencontré à plusieurs reprises « le grand-frère » de leur fils, en qui ils avaient toute confiance (quand l’auteur parle de charisme, ce n’est pas du pipeau, ah mais).

Aparté. A notre époque, il est fort probable que les parents y regarderaient à deux fois avant de laisser filer leur rejeton entre les pattes d’un homme à peine plus âgé que leur enfant, déjà père et divorcé à 25 ans : et s’il s’agissait d’un pervers, en susss d’un père jeune, bon sang ?!! Et si cet échec affectif le faisait sombrer dans l’homosexualité (limite pédophilie en l’occurrence), bouhhhh… Pour sûr que les temps changent, ma brave dame…

Après un texte d’une telle densité, d’une aussi profonde signification, quelques illustrations en provenance directe de cette époque seront autant de pauses fort bienvenues afin que s’apaisent les esprits et que retrouvent leur équilibre les âmes ainsi secouées par tant de richesses mémorielles.

Ci-dessous, une scène d’une infinie banalité mais qui, toutefois, possède ce qu’il faut de michèlémisme pour être exposée sans plus de façon qu’une puissante saga éminemment photogénique.

Il s’agit d’un brouet (des flocons d’avoine à l’eau et juste salés, si les souvenirs de l’auteur sont encore dignes de confiance, à moins que ça ne fussent une platée de flageolets sans le cassoulet qui va autour) que François B. et Michel M. goûtent, plus qu’ils de dégustent semble-t-il… La scène se déroule dans la maison de campagne des parents de Stéphane R., du côté de Fontainebleau : les élèves qui fréquentaient le lycée Saint-Michel de Picpus provenaient d’un milieu social nettement plus élevé que celui de l’auteur, mais cela ne posa pas de problème puisque seul Michel M. disposait alors d’une auto. Il s’agissait en l’occurrence, d’une Toyota Carina bleu-métalisé double-carbu, direction assistée, 5 vitesses et petit volant, autant de caractéristiques qui la rendait certes fort jolie autant qu’idéale pour la frime, mais aussi très casse-gueule : une chance, l’auteur serra néanmoins le moteur (rouler sans huile finit toujours pas provoquer ce genre de chose) avant que de n’avoir un accident qui, pour le coup aurait bien pu être multiplement létal, vu que la vitesse était autrement moins sujette à radar dans ces années merveilleuses années 80, et qu’à 7 dans un tel bolide, le moindre tonneau aurait été pour le moins délicat à supporter pour tous ces corps non attachés et, dès lors, se déplaçant et se cognant les uns contre les autres comme autant de mannequins en cours de désarticulation que l’on utilise lors des essais de choc automobile (« test-crash » en étranger). Mais place à l’imagerie.

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Deux cobayes en action : il y avait d’autres personnes (environ 5 ou 6) lors de cette expérience culinaire, mais seuls ces deux jeunes hommes ont bien voulu prendre le risque d’un tel plat, comme seuls des hommes aguerris acceptent d’avaler sans moufter. Le fait d’être photographié permet aussi toutes les audaces : ne sont-ce point les prémisses mêmes de ces émissions de téloche (que tant d’abrutis vénèrent parait-il), façon « Fear Factor » et ce dans quoi à sombré depuis quelques années « Fort Boyard » ?

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Une stase dans l’expérience : François B. semble tout compte fait avoir renoncé, le ladre, préférant observer la réaction de son ami Michel M. qui, quant à lui, est dans cet instant d’intense perplexité, de dubitativité toute entièrement tendue vers la gustative inconnue. Peut-être, mais sans le savoir car il était bien trop jeune alors (25 ans) pour avoir une telle connaissance des choses de la vie et de la mort, se retrouve-t-il dans l’inconfortable situation qui était celle des goûteurs d’antan à cet instant précis que le cliché à immortalisé (merci à Emmanuel C. pour ces souvenirs désormais si chers à Michel M.).

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A moinsss qu’il ne s’agisse là pour l’auteur, et les lecteurs s’en souviennent s’ils se sont donnés la peine de lire le billet plutôt que de ne se contenter de mater les photos, de surjouer la chose tant il était à cet époque psychologiquement en pleine reconstruction suite à un divorce à peine prononcé et qui se montrait d’une méchanceté certaine vis à vis de ses jeunes émules les moins armées pour lui répondre, ainsi qu’animée d’une prétention sans borne, donc à moins de se la péter pour cause de photographe attentif, il semble bien que le susdit brouet fut plutôt d’un genre ignoble que gouleyant, ce qui fait bien rigoler ce fumier de François B. qui échappa ainsi à l’épreuve, de ces épreuves existentielles qui nous rendent plus aptes à comprendre le sens de la vie et dans le cas présent, qui est de ne pas fuir devant ses responsabilités, que lorsque l’on dit que l’on va faire quelque chose, il faut s’y astreindre : notre crédibilité auprès d’autrui et, surtout, vis à vis de soi-même est à ce prix, dussions-nous en mourir que le souvenir que nous laisserions derrière nous en serait que plus grand encore. Ni plus, ni moinsss palsambleu.

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Et alors, ça ne valait pas le coup d’en arriver à ça, une telle aventure ? Photo prise au lendemain des retrouvailles de François B. & Michel M., après qu’une bouteille de rhum vieux de très bonne facture (1 litre, 50°, rare), offerte par Oleg A. (le russe de Vincennes), ait été sifflée par les deux inconscients… Ci-dessous, histoire de clore en beauté cette narration par une vision quasi apocalyptique (et qui rappellera à bien des choses à tout homme « digne de ce nom ») réveil au matin après une chouille de première (photographies prises juste avant celle ci-dessus) :

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un grand moment d’égarement en vérité, de ceux qui font penser, après coup, que jamais on ne recommencera… Les promesses n’engageant que ceux qui se les font, autant dire que rien n’est acquis.

Enfin, ci-dessous encore, deux gars désormais dans la force de l’âge et qui se sont dit qu’on ne les y reprendrait plus,

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Michel M. & François B., avant que les saines retrouvailles ne sombrent dans l’enrhumage.

A suivre.

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