Tiens, v’là l’printemps, quatro (et il n’y a pas de raison que ça s’arrête, en fait)

Dimanche 21 avril, les transis se sont découverts de quelques fils sous un soleil pas encore vaillant au point que l’on puisse se baigner dans sa chaleur en exposant sans voile toutes les parties d’un corps dont l’épiderme n’est de toute façon pas encore prêt à subir un tel assaut. Néanmoins cela, Elena A. et Michel M. ne purent résister bien longtemps au plaisir de s’allonger sur un tapis herbeux d’une pousse idoine pour ce faire, bien que toutefois trop haute pour que la terre ait eu le temps de se réchauffer, palsambleu !

2013_04_C_le_printemps_quatro01

La félicité lue là, sur ce si beau visage éperdu de jouissance, témoigne de la douceur de l’instant à jamais ainsi capturé. Impossible de s’apercevoir à quel point la technologie a rendu le banal aussi incontournable : il en est ainsi de ce cliché (et des suivants qui sont à l’avenant) sans intérêt autre que pour l’auteur, sa mie et leurs proches. Et encore, iceux ne fréquentent pas ce blog plus que cela, leur propre existence leur semblant à juste titre plus importante qu’icelle. Qui plus est lorsque l’amour dans lequel tout ça baigne en est à devenir pénible à supporter pour les malades de la vie : quel scandale d’être aussi heureux alors que tout va mal partout, bon sang. Sales EGOÏSTES * !

Quid de la technologie, là-dedans ? Hé ben, c’est celle qui permet désormais à tout à chacun d’exposer au monde dans son ensemble en général et tout entier sa trombine dès qu’il a un pet de travers ou, plus exactement, dès qu’il a fait un truc qui le met en valeur aux yeux de la multitude, croit-il. Et qu’est-ce qui permet que se réalise un tel rêve éveillé, pardi ? Le téléphone intelligent (« Smartphone » en étranger), bien sûr ! Ainsi, pour un oui pour un non : hop ! le cliché est pris et ça donne une telle photographie. Mais à la différence d’un compte dûment chéri par son propriétaire sur un réseau social, extension de son âme qu’il choie avec un sérieux de pape à la clef, Michel M. se la joue à l’exposition permanente de l’anodin, du sans intérêt, de la non-aventure humaine : la vie lambda n’est-elle pas uniquement remplie de cet anodin qu’il faut toutefois embellir sur son profil Facebook en extrayant l’image qui fera croire aux autres qu’on a une existence quasiment hors du commun à coup de vacances géniales, de folles chouilles, de centre d’intérêts tous plus passionnants les uns que des autres, enfin quoi merdalors ! Il faut absolument travestir cette banalité à coup d’enluminures plutôt que l’accepter : « Quoi ? Moi, être comme tout le monde ? Plutôt crever oui ! ».

2013_04_C_le_printemps_quatro02

S’il y en a une qui a tout compris au sens de sa vie, c’est bien la chienne Ripley qui halète dès qu’elle bouge (‘l’est plus toute jeune, la bestiole), se gratte le cul sur la moindre descente d’herbe rencontrée, se roule sur la terre afin d’apaiser les démangeaisons que lui occasionne la vermine qui la ronge (aucun produit vétérinaire n’a jamais pu la soulager depuis sa prime enfance, et Elena A. en a pourtant vu des vétos qui se sont tous montrés démunis face à ces symptômes récurrents, les mauvais), boit, bouffe, fait ses besoins dans la nature (les selles sont systématiquement ramassées par sa maitresse, ce que bon nombres de français ne se donnent pas la peine de faire, les fumiers) mais ne copule pas, stérilité oblige (une forme de liberté au demeurant, et pas que pour la propriétaire du chien soit dit en passant) et, surtout, SURTOUT, roupille à longueur de temps (une chance, sinon elle aurait de quoi se foutre en l’air d’ennui, la pauvre). A ce propos, comment se fait-il que le chien soit si synonyme de pénibilité ? Ne dit-on pas un temps de chien, une vie de chien, « Quel chien ! » en parlant d’un mauvais gars et « Ah la chienne ! » en parlant d’une garce, tout autant d’expressions qui sonneraient bien désagréablement aux oreilles canines s’ils les chiens comprenaient leurs propriétaires. C’est une chance que les cabots (ça aussi, c’est douteux comme terme, pfffll) n’entendent rien au langage des hommes (sans compter, outre toutes ces âneries… Heu toutes les bêtises… Heu toutes ces conneries émises à longueur de temps par les humains, bon sang).

2013_04_C_le_printemps_quatro03

En voilà un autre qui connait les causes cachées des choses, Michel M. lui-même à qui on ne la fait plus depuis belle lurette, qui sait ce à quoi il peut prétendre en fonction des moyens qu’il s’est donnés pour y parvenir, à son tranquillisme serein, à sa sérénité tranquillos… Et c’est même grâce à cela, à cet équilibre trouvé (et quand bien même le travail est-il infini afin d’acquérir un état de sagesse qui met en symbiose avec l’Univers, dans le sens de cette nature dont l’homme est issu et qu’en aucun il ne devrait prétendre s’affranchir puisque croyant l’avoir asservie, le fat, tsss…), et c’est donc grâce à cela qu’il s’est trouvé en situation de recevoir ce magnifique cadeau que la venue d’Elena A. dans son existence représente, cette femme qui a elle aussi tant « travaillé  tout au long de son périple existentiel, afin d’être mûre pour sa rencontre avec Michel M. …

2013_04_C_le_printemps_quatro05

Des pieds en éventail dans leurs tongs : ne voilà-t-il pas un parfait résumé pictural des gentilles inepties qui précèdent, avec cette scène champêtre ô combien plus indiquée qu’un Michel M. en train de se mettre son index dans sa narine façon « Je vis ma vie les doigts dans le nez »  (« Aussi facile qu’une tarte« , en étranger), mmhm ?

2013_04_C_le_printemps_quatro04

Eclosion de myosotis rencontrée sur le chemin du retour : le printemps est définitivement là.

Youpie !

* A l’instar d’un  » Salauds de pauvres ! « .
PDF24    Envoyer l'article en PDF