Après un, deux, ter, quattro, c’est quinto ? Qu’importe, c’est toujours le printemps

Michel M., qui dispose de beaucoup de temps pour ne rien faire depuis qu’il s’est installé en Paris intra muros, n’hésite pas à donner un coup de main à un ami lorsque icelui a besoin de bras pour un déménagement. Ainsi fut-ce le cas ce mardi 23 en fin d’après-midi. A 16h30 pétante, il retrouve son collègue (dont il n’écrira ni le prénom, ni le surnom et ni même les initiales, tant ce qu’il découvrit alors doit absolument ne pas sortir de ce blog, palsambleu ; « X » sera donc son identité tout au long de la narration). Tous deux s’installent dans l’auto de X afin de se rendre dans son futur ex chez-lui, à Issy-les-Moulineaux.

Arrivés sur place les attendent l’un de ses fils cadet, engagé dans l’armée depuis peu (il doit partir incessamment pour le Mali en tant que tireur d’élite, ceci expliquant sans doute ce qui suit) ainsi qu’un de ses copains accompagné de sa copine (aucun prénom, toujours, les choses sont bien trop graves pour qu’elles ne restent pas totalement anonyme).

Se sont essentiellement des cartons dument fermés et scellés qui sont à trimballer, ça tombe bien parce qu’avec ses petits bras, l’auteur n’aurait pas tenu bien longtemps à devoir soulever quelques tonnes de meubles ou d’éléments électroménagers, pardi.

Les allées-venues se déroulent sans encombre, avec d’autant moins de soucis qu’est présent un spécialiste du déménagement (bah oui hein, c’est même son boulot), quand, lors d’une remontée au premier étage, Michel M. se trouve face à une sorte d’armoire métallique dont les portes sont dégondées : « Tiens, on dirait un coffre-fort géant » se dit-il en matant l’engin, mais sans plus y faire attention.

En une heure le camion est chargé et tout ce petit monde va désormais se rendre dans l’imminent nouveau chez lui, à M. X, sis à Châtillon : un petit pas géographique pour lui, un grand pas pour sa nouvelle vie (une séparation et tout ça à 62 ans, c’est pas terrible mais bon, c’est comme ça et puis comme on dit, il vaut mieux être seul que mal accompagné, certes, mais c’est parfois bien douloureux quand c’est suivi d’une analyse de la situation qui donne à penser qu’on a été trahi par l’autre, mais cela ne regarde pas Michel M. ni ses émules, bien évidemment).

ET c’est donc parti pour l’opération inverse : vider le camion pour remplir l’appartement. L’élément le plus lourd est indubitablement ce fameux coffre-fort géant. Grâce aux deux jeunots musclés, le jeune militaire et son copain, tous deux en outre aidés par l’une des pléthores de planches à roulettes qui circulent dans cette affaire, le bahut se trouve désormais sur le seuil. M. X souhaite le monter au premier (car il s’agit d’un duplex). La manipulation se montre bien délicte à négocier, et c’est le déménageur professionnel qui s’y colle, après avoir clairement fait savoir qu’à son avis, « Ca va pas le faire ». Mais M. X est du genre buté.

Mais il faut bien se rendre à l’évidence, quand un professionnel du déménagement annonce la couleur, il y a de fortes chances qu’il ait raison : ça ne loupe pas en l’occurrence. Aussi, vu la topologie de l’appartement, il ne reste plus que le salon pour y installer cette mystérieuse armoire métallique à porte à codes et bien moche au demeurant, le genre de meuble idéal pour une cave mais certainement pas pour embellir au salon où l’on cause, bon sang !

La mort dans l’âme, les plus valides se chargent de mettre tout ça à sa place : il sont quatre à tourner autour du machin pendant que Michel M., désirant immortaliser l’aventure qu’il est en train de vivre là, prend quelques clichés de la scène.

A quelque chose malheur est bon : son téléphotophone se montre incapable de prendre de belles photographies et c’est tant mieux car…

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… Une fois les portes posées, il comprend enfin de quoi il retourne. En effet, il assiste dès lors à une scène d’une rare intensité, digne de celles que les documentaires alarmistes télévisuels en raffolent, façon (pseudo) immersion d’une équipe de journalistes qui n’ont pas froid aux yeux qui s’en vient rencontrer les mauvais garçons des zones blanches de la banlieue, ces endroits dans lesquels la police évite de se rendre tant la jungle qui y règne est porteuse d’une violence absolue, avec risque de mort d’homme à chaque coin de rue et tout le tintouin à la clef, si si. Hé bien c’est à cela même que l’auteur assiste donc, dans ce petit appartement duplex châtillonnais, car ne voilà-t-il pas que le père, le fils et le copain extraient d’un carton haut (c’est dans ceux-là que l’on déplace, sans les froisser, ses costumes, chemises, pantalons etc, car il s’agit en fait d’un carton-penderie, Michel M. en ignorait l’existence, mais quoiqu’il en soit, c’est au poil et s’il venait à déménager (rien qu’à cette idée une immense fatigue s’abat sur ses frêles épaules), pour sûr qu’il s’en souviendra), carton haut donc, dans lequel il est éminemment fastoche de trimballer…

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… Des armes !

Hé oui, c’est bel et bien de cela dont il est question sur le cliché ci-dessus ! Des fusils, et pas de vieilles pétoires des années mousquetons, hein, que nenni : des fusils du XXème siècle, et en état de marche, bon sang (enfin, telle est l’impression de Michel M. qui a soudainement basculé dans l’horreur totale, dans une tétanisation qui pourrait le conduire à méthaniser grave, si cette trouille descendait du côté des ses viscères, parbleu !)…

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Et voilà donc ce M. X., collègue et amis de l’auteur qui, tranquillement, déplace d’un point à un autre de la ville un arsenal composé d’armes de première, quatrième et cinquième catégories sans plus de sueur que celle apparue consécutivement au déchargement. Et c’est ainsi que Michel M. prend ces clichés à l’insu de tout le monde, de peur de finir les pieds dans un bloc de béton au fond de la Marne, ou bien filé à bouffer aux cochons d’une porcherie de la proche campagne environnante, ou encore brulé dans une chaudière collective enfin bref quoi d’autre encore, de quoi être définitivement perdu pour la littérature moderne à laquelle il allie la technologie la plus pointue avec ce blog, les photographies magistralement travaillées qui s’y exposent et ces scénettes sans intérêt fort bien montées qui parsèment le tout.

A suivre, mais le suspens est paroxysmique (comme la plaque est tectonique).

Post Scrotum. Le banc qui était jusqu’au 18 avril occupé à nouveau, du fait du retour du printemps, par une bande de jeunes, reste désespérément désert aprèss que Michel M. l’ait photographiée et filmée (la bande). Comme quoi certaines actions non violentes peuvent faire bouger les choses… Certes, ils sont toujours dans le coin, mais planqués derrière un arbre et ils sont bien moins bruyants et écourtent leurs présence.

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 A suivre, indubitablement : outre l’épilogue de cette narration ô combien suspenseuse, un  » Tiens voilà le printemps sixto (?) «  est en gestation cérébrale, ainsi qu’un retour sur le diurne taudis d’Adrien G-M. qui semble vouloir remettre ça, et puis d’autres bricoles qui vont s’ajouter car l’existence michèlémienne est parsemée de ces choses anodines qu’il est de toute première urgence de révéler à l’univers cosmogoniquement interstellaire et mondial dans son ensemble tout entier, pardi.

Youpie !

 

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