Visite expresse de Provins en 18 clichés : aucune ruine en vue (mais du texte, ça oui !)

C’est comme avec Michel M., il ne faut jamais s’attendre à des visites comme il faut, c’est à dire photographies bien léchées de lieux déjà vue mille et une fois à la téloche, dans les bouquins, sur le net, sur les timbres (l’auteur se souvient du temps où il avait sa collec’, et de ces timbres en papiers presque buvard, sur lesquels étaient peints des endroits fameux du monde, Michel M. était pré-adolescent et il n’a aucune idée de ce qu’est devenue cette collection qui, en 2013, l’aurait évidemment rendu riches à millions, c’est ce que disent tous les philatélistes qui ont perdu leurs timbres, sans doute ah ! ah ! ah !) etc. Hé bien non : avec lui, ses émules sont assurées à 85% (il faut toujours laisser une place pour l’imprévu) de ne pas voir les choses importantes des lieux dans lesquels il se rend.

En revanche, les trucs anodins sont légions dans ses billets (le summum ayant toutefois été atteint avec les les scénettes sans intérêts). Et le bougre les revendiquent, car cela fait partie de ses pensées fortes : contrairement à ce que aiment à faire accroire les gens inscrits dans les réseaux sociaux, avec leurs photos ô combien choisies de leur trépidante existence, qui se partage entre méga soirées (qu’ils aimeraient tant être à l’image de celles diffusées par Fashion TV) et super voyages à l’autre bout du monde, la vie en vraie est constituée à plus des deux tiers (limite aux trois quarts) par de bien triviales activités : le boulot, les courses, le repassage, les abrutissantes soirées télés, les dimanches poulet-frites en famille, etc.

Allezou, sus à Provins !

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A clocher branlant, pendantes paillardises…

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Pour sûr que l’on est loin de la solaire épectase romaine d’Elena A., tant icelle semble ici désapprouver la prise de photographie dans cette sombre enceinte consacrée : les temps, les lieux et les êtres changent, seule la foi perdure (chez les plus inamovibilistes s’entend : la belle brune n’en fait pas partie, car victime du communisme elle fut, réfractaire est est devenue).

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Natalia L. (ou Natacha L., car il s’agit du même prénom chez nos amis russes), Serge ?. (présenté comme un « ancien du KGB », ce qui veut à la fois tout et rien dire mais, et surtout, s’apparente désormais à une frime éminemment maladroite de la part d’un russe, pour nous autres les occidentaux qui avons de cet organe de l’ex Etat soviétique la plus mauvaise opinion, avec frissons dans le dos à la clef) et Michel M. se sont extraits de cette église dont le pilier central du porche porte la signature d’un artiste hébreu (à moins qui ne s’agisse là d’un verset extrait de la Thora, qui sait ? Mais alors, que ferait-il à Provins, ex troisième plus importante ville de France, avec Paris et Rouen, au XIème siècle ?), comme en témoigne ces caractères sis sur la ferronnerie visible derrière les trois sujets vivants du cliché ci-dessus, et à étudier ci-dessous :

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En bon athée qu’il est, Michel M. ne peut qu’apprécier cette symbiose entre un lieu saint catholique et l’une des deux écritures utilisée par Israël, pays initialement voulu laïc mais dans lequel la religion est désormais devenue omnipuissante.

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Provins, ces multiples seigneurs / chevaliers et tout ce folklore moyenâgeux qui sied tant aux européens… Ici, un possible roi qui s’était mis à l’écart et qui a probablement été surpris en plein mictionnisme par Elena A. : quelle plaie !

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Là, quelques serfs endimanchés (le gars qui s’est couvert d’une pelisse à poils a mal calculé son coup, car il fait bien 30° au moment de la prise du cliché et, en susss, il n’aura même pas droit à la réduction puisqu’il n’est pas entièrement déguisé. Ah ! mais, c’est que ça ne rigole pas du côté des vigiles et tout ça, à Provins : il faut montrer patte blanche si l’on veut prétendre aux 50% de réduction du prix d’entrée, soit 4,5 Euros au lieu des 10 demandés) qui se dirigent vers la Place du Castel sur laquelle un bal « moyen-âgeux » est prévu pour dix-sept heures…

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Avec sa flèche à ventouse, pas certain qu’il impressionne sa dame, le petit Robin…

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La porte Saint-Jean : derrière elle se joue le spectacle tant attendu « La légende des chevaliers » (pour laquelle les quatre visiteurs ont dû payer 14 euros par tête de pipe, mais rien d’anormal à cela, il y a du matos, des acteurs, un travail : toute peine mérite salaire).

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Ca, c’est la vue que l’on a en matant à droite juste près la porte, mais c’est à gauche que se produisent les chevaliers et leur légende : probable que les saucisses et tout ça frétillaient dur au pied des remparts, desquels on balançait antan de l’huile bouillante sur la tête des assaillants, parbleu !

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Et c’est parti pour « La légende des chevaliers ». Il s’agit du retour du maître séant, Thibaud de Champagne, qui est le Seigneur de la ville ET de Blanche de Castille (c’est à lire ici). Mais les méchants se radinent : attention, ce sont des méchants à la Tolkien, façon troll (les monstres, pas les vains moulins des fils de marianne.net) et tout ça…

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Ils font peur aux gamins venus là qui croient avoir tout vu au travers de leur écran de pécé et autre console à coup de jeux sanglants mais qui, lorsque le son, les odeurs et les cris sont palpables devant leurs yeux ébahis, en feraient presque dans leur pantalon : tout n’est pas perdu, le spectacle vivant à toujours sa place dans l’imaginaire enfantin.

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Ceci étant Michel M. a entendu, après l’animation, les commentaires qu’une imbécile de mère faisaient auprès de ses gamins : « C’était pas terrible, hein ? », les confortant ainsi quant au fait que ça ne valait pas tripette face à leurs jeux de guerre sur console, autrement plus réalistes… L’auteur avait envie de la taper, cette gourdasse blondasse qu’on aurait dit issue des manifestations récentes pour la préservation de la famille, palsambleu !

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Enfin bon, tout se termine bien et avec la Rose de Damas, faire des confitures on pourra.

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Chemin du retour : quand bien même les émotions furent fortes, les quatre parisiens ne s’enhardirent pas à goûter un vin daté d’un millénaire, si l’on se fie à ce qui est inscrit… Aucun vin de garde ne pourrait tenir aussi longtemps, ventre-saint-gris !

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Des Elfes et autres fantastiques créatures parcourent les rues de la ville…

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… Drôlement fichue, à l’image de cette porte condamnée par un escalier visiblement pas bâti de la dernière pluie (porte sur laquelle des vauriens se sont amusés à balancer quelques juteuses victuailles, les mandrins !).

Et c’est sur cette étrangeté architecturale que Michel M. clôt sa narration bonhomme dans laquelle les images sont au moins aussi plaisantes que le texte qui s’y affère.

A bientôt, chères émules.

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