Un million d’habitants, quelques taudis et une mousse bien méritée

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Voici donc la troupe qui, en ce déjà chaud samedi 6 juillet 2013, s’apprête à arpenter le dédale de ruelles, façon petit village de province sis en plein Paris, dont est constitué le cimetière du Père Lachaise. Il faudra plus de quatre heures et demi à Serge Lacazotte(@hotmail.fr), à droite toute sur le cliché, pour faire faire un « petit » tour du coin au beau monde ci-dessus. Ce bonhomme, d’une remarquable érudition quant aux vie et mort des illustres personnages ici enterrés, est un guide tout ce qu’il y a de plus officiel et privé : pour une somme absolument modique (Michel M. ne s’avance pas plus sur ce terrain, tant il est possible (mais aucunement assuré) que lui et ses comparses aient eu droit un tarif préférentiel), Serge L. peut vous faire un exposé extrêmement dense (sans note, c’est l’oubli assuré) des tenants et aboutissants de la présence à tel endroit, orienté vers tel point cardinal, à tel distance de tel autre illustre de son époque, sis devant tel autre tombe, celle d’une maitresse, d’un amant, éditeur etc. En court : c’est tellement touffu d’anecdotes que l’auteur n’en a retenu aucune. Il faut préciser, toutefois, qu’il prenait des photographies et qu’en tant que mono processeur, son cerveau ne lui permet de mener qu’une seule action  à la fois. Ceci étant, l’un des visiteurs présents, Marc S. a pris moult notes, que l’auteur (du présent billet) se fait une joie de livrer en brut de fonderie.

Et c’est parti !

« Parc et cimetière à la fois, de 44 hectares.

Passage d’oiseaux migrateurs.

Ouvert le 21 mai 1804 mais existait déjà au moyen âge

1 million d’habitants.

Le nom provient de De Lachaise, père Jésuite,
confesseur de Louis XIV, donc avec beaucoup de moyens.

Et alors, quelle impression cela fait-il aux lectrices et teurs, mmhm (en dehors de celle d’un fatras façon bric-à-brac sans queue ni tête) ? Qu’importe l’ordre pourvu que l’on ait la connaissance, pardi ! Cela ne leur donne-t-il pas une irrésistible envie de se presser là-bas, au plus près d’un tel puits de science ?

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Avant ce cimetière, la sépulture individuelle n’existe pas :
c’était du 4 x 4 mètres en commun, à ciel ouvert
jusqu’à ce que ce soit plein.

Tous les squares de Paris étaient au départ des fosses communes.
Jusqu’à Napoléon qui les change en squares avec les travaux d’Haussmann.

Le premier cimetière avec sépultures individuelles et de toutes confessions :
cimetière laïc.

18 hectares au départ, 5 agrandissements successifs.

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C’est un beau faciès que celui que présente ce Serge L., n’est-il pas ? Voici un retraité qui a trouvé le moyen de faire fonctionner toutes ses facultés intellectuelles une fois la vie professionnelle terminée. Cet homme, non content de trouver ses connaissance dans les livres, n’hésite jamais à parcours mille et une lieux afin de rencontrer les descendants de telle illustre ancêtre enterré là, dont la concession risque d’être rendue à la ville de Paris. D’une même façon, il prend toujours le temps de voyager parfois même à l’étranger afin de rencontrer quelque célèbre généalogiste international à même de lui fournir quelques informations de toute première exclusivité, dont il fera ensuite profiter ses clients les ramifications avec l’histoire du lieu.

Énormément de franc-maçons dont 22 sur 26 des maréchaux d’empire.

Promenade du dimanche au XIXème siècle :  publicité est faite
pour attirer les gens et rentabiliser l’entretien, car Louis XIV
n’est plus là pour remplir les caisses.
Et cela devient tendance : on se rapproche par affinité
en réservant son emplacement.

Retour de la campagne d’Egypte, l’Egypte est à la mode :
rue du Caire, rue du Nil et 17 autres noms de rue.

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Michel M. quant à lui, ainsi qu’en compagnie de sa brune mie Elena A., s’est contenté de mitrailler à tout va. Là où ça coince, que l’auteur est bien incapable de faire correspondre les notes de Marc S. avec les clichés thésaurisés par lui et la plus belle femme du monde de sa vie ! Ci-dessus, dirait bien que le macchabée en avait mare d’être là-dessous et que, à la façon d’une Black Mamba parigote, il se soit tiré de là à coup d’épaule !

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Le pire, c’est qu’il ou elle ne semble pas être le/la seul/e à ainsi s’être affranchie de la pourriture. Bien que dans le cas ci-dessus, il semble plutôt que la fuite se soit faite par le biais d’un tunnel, d’où l’affaissement sur la gauche…

Si les colonnes sont larges et basses
cela fait partie d’un code sur la durée de vie et la réussite.

Pas d’obligation de graver ou de marquer une tombe,
mais il faut répertorier.

Chouettes hiboux ou chauves souris parce qu’elles veillent la nuit.
On n’est pas croyant mais quand même un peu superstitieux.
Les épitaphes sont respectées : le saule à côté d’Alfred de Musset.
14 marbriers en France.

2 metres carrés pour 150 ans = 13000 €.

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Belle représentation allégorique des jeunes morts face à ce qui les attend : de qui, de qu’est-ce, aucune idée de quelle sépulture est prise cette photographie (Michel M. n’en ressent pas plus de gêne que cela, chacun sa tâche : il aurait fallu que la troupe se répartisse les rôles, ni plus, ni moinsss. Gageons que ce sera pour la prochaine fois, du côté de Montmartre ce coup-ci, puisque M. Serge L. officie aussi là-bas).

Toutes les avenues dans Paris sont bordées d’arbres sauf celle de l’Opéra.
Une avenue est droite alors qu’un boulevard est généralement courbe,
voire circulaire…

Concept de chapelles laïques !

Tête sur une colonne = volpetto
Le Moyen age s’arrête avec la découverte de l’Amérique par Colomb.

Chien au pied du gisant: symbole de fidélité dans le haut moyen âge…
Frédéric Chopin : dans le caveau on a le corps, un peu de terre de Pologne,
le coeur est ailleurs. Le caveau ne contient pas tout le corps…

Masque de mort sur la tombe.

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En revanche, voici des personnes prévoyantes et qui possèdent sans aucun doute de le sens de l’emphase et du pompeux : la place est grande, sous le nom de cette dynastie en cours, afin que les prénoms de tous les méritants (jusqu’à celui ou celle qui y mettra un terme, car c’est le sens de toute puissance : naître un jour, périr toujours)  y soient gravés.

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Voilà qui laisse songeur une autre dynastie en devenir, certes bien plus « modeste » financièrement ainsi que de renommée. Mais qui sait si, pour le monde, icelle ne sera-t-elle pas in fine bien plus utile à l’humanité ?

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Voici les deux PIP (Plus Importantes Personnes) de la sortie, après le guide lui-même bien évidemment, c’est à dire Sébastien M., collègue de l’auteur et celui par lequel s’est présentée l’opportunité de visiter d’une façon aussi passionnante le cimetière du Père Lachaise, et Marc S., celui qui a passé l’après-midi à prendre des notes sur son téléphone (à tel point que Michel M., qui avait remarqué ce manège (il eût été de toute manière bien difficile de ne pas le voir) sans en connaître les buts, trouva bien léger cet individu qui était ainsi accaparé par autre chose (une représentante du sexe féminin par exemple, mmhm ?) plutôt que d’écouter bien religieusement le fameux érudit, qui ne cessa d’ailleurs pas de causer durant quatre heures et demi, cela sans se désaltérer une seule fois (!)). Que ces deux hommes un tantinet martiaux (ils ont épousé l’armée française comme d’autre une cause) soient remerciés pour leur apport : ils seront l’un et l’autre de retour sur le blog, c’est à n’en pas douter, foi de Michel M. La personne au premier plan est une amie du guide, tout comme un couple qui apparait de-ci, de-là sur les clichés, mais dont l’auteur n’a strictement rien à dire.

Mano Solo, fils de Cabut le dessinateur

Sous Napoléon Ier, Talma intègre les pièces en costume d’époque

Moulins de Montmartre servaient pour le vin, le blé et pour le gypse…

Sur un cénotaphe on dit « a la mémoire » parce que la personne n’est pas là.
Cipes = les colonnes coupées pour symboliser une vie fauchée dans son élan,
une mort subite.

Cimetière fait par Napoléon, donc pas de royalistes ! »

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Cette image, pour la beauté du vitrail sis sur le mur de cette tombe, qui attrape la lumière aussi sûrement qu’un caméléon sa proie grâce à son appendice lingual.

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Et icelle, tant sont belles ces racines qui semblent aussi noueuses qu’est noué d’angoisse le condamné à mort qui voit l’heure de son exécution inexorablement fondre sur lui, quand il se dit qu’il aurait encore tant à faire avant de parfaire son oeuvre, comme le lui avait commandé de la réaliser Jodie Foster (« The voices made me do it. My dog made me do it. Jodie Foster told me to do it »*).

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Un million d’habitants sur 48 hectares : pour sûr que la densité de la population en ce lieu doit faire rêver bien des logeurs et autres promoteurs immobiliers, bon sang !

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La première sépulture du cimetière du Père Lachaise : celle d’Adélaïde Paillard de Villeneuve, une gamine de 5 ans qui serait tombé d’une carriole, d’une roulotte ou de toute autre voiture à cheval du XIXème siècle, selon les bribes que Michel M. garde des dires de Serge L.

En aucun cas l’auteur s’était-il annoncé comme relateur patenté d’une visite ô combien culturelle de l’endroit. En revanche, avec ces quelques images aura-t-il peut-être donné l’envie aux plus nanties parmi les émules michèlèmiennes de songer à acheter une concession, à plus ou moins perpétuité, dans cet endroit : ainsi seraient-elles assurées, et cela pour une somme relativement bénigne au regard de service rendu, d’être visitées chaque jour ou presque, pour peu qu’elles se soient lancées dans l’érection d’une fameuse tombe à même d’attirer les regards des plus blasés des visiteurs des lieux.

Au cas où d’aucune se lancerait dans une telle opération, qu’elle n’hésite pas à le faire savoir à Michel M., icelui se faisant dès lors un honneur de proposer à M. Serge L. ces données afin qu’il incrémente (éventuellement) dans ses compteurs ces nouvelles références.

Quoi qu’il en sera, cette promenade épuisante (quatre heures et demi de petits pas sur des pavés, c’est un truc qui épuise fortement) demande à ce que les plus fourbus parmi les troupistes se requinquent au plus vite.

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Voilà qui est fait à l’estaminet qui porte le doux nom de Purgatoire (à 11h30 à la sortie principale du cimetière), et qui propose une carte de bières tout à faite respectable. Attention, ceci étant, car les esthètes ne rigolent jamais avec la mousse : il ne faut pas moins de 50cl afin de bien comprendre la bière et sa raison d’être. L’avantage avec les trappistes, c’est qu’il s’agit immanquablement de brasseurs qui aiment leur métier et, a priori, ne trafiquent pas trop le breuvage…

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L’ami Marc S. est indéniablement un gars qu’il est préférable d’avoir pour pote, tant saillent ses muscles et brille son esprit : l’armée n’est pas qu’un repaire de bas du front. Qui plus est (peut-être), depuis qu’elle est devenue « de métier »… Mais cela n’engage que l’auteur qui, n’ayant pas fait son service lui-même, puisque soutien de famille (le pauvre, s’il avait su…), ne sait évidemment pas de quoi il cause.

Epilogue. L’existentielle vie de l’auteur n’est pas constituée que d’épanchements réitérés sur un blog, qui ne serait dès lors qu’un exutoire à tout ce qui lui est indicible dans la pratique de sa vie au quotidien, de ce qui ne peut donc être donné en pâture aux émules michèlèmiennes, à moins de se creuser sa cervelle au point d’en faire un champ dévasté à l’image de cette terre toute charcutée par les mille et uns millions d’obus tombés sur et en elle, et dont les scories qu’elle rejettent et qui saillent chaque jour un peu plus encore sont comme autant de pustules qui signent les égarements d’une humanité qui ne sait se faire accepter qu’à coup de guerres, cette terre saccagée, donc, qui s’appréhende pleinement tout autour du funérarium et ossuaire de Verdun.

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Certes non, l’existentielle vie de l’auteur est heureusement parsemée d’ingurgitation de bière, et cette fin de visite du cimetière du Père Lachaise ne déroge pas à la coutume qui le voit, accompagné de son fils Kévin M., de Sébastien M., Marc S. et Elena A. (non visible sur ce montage puisque auteur des clichés), se désaltérer après un après-midi bien épuisant.

Cette fois-ci, c’est certain : Michel M. n’a plus rien comme grain à moudre en stock. Mais c’est à suivre tout de même…

* »Les voix m’ont fait le faire. Mon chien m’a fait le faire. Jodie Foster m’a dit de le faire », film Seven de David Fincher (1995), l’inspecteur David Mills à propos des tueurs en série.
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