Toiser le Valois

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L’officier René M. est l’unique français de l’histoire de l’aviation anglaise à avoir été nommé chef d’escadrille lors de la seconde guerre mondiale. Pilote émérite (enfin, tuer d’autres pilotes ne devrait pas être passible de médaille, pas plus que de balancer des bombes en sachant qu’il y a des gens au-dessous, pour sûr, mais c’est ainsi que les hommes vivent) avec son Spit’, il finira par se faire descendre à son tour. L’avion aux couleur britanniques ci-dessus exposé, un Spitfire (reconstitué quasi à l’égal de son modèle, mais pas tout à fait car les coûts relatifs au droit de propriété sont prohibitifs, d’après Patrick R.) l’a été en hommage à cet as de l’aviation.

C’est donc de ce hangar que le Wasmer précédemment affiché sur le blog a été extrait par son propriétaire, qui avait donné rendez-vous à 10h30 pétantes pour un décollage à onze heures quarante cinq minutes. Il faut bien avoir à l’esprit que ce n’est pas de la poésie de voler, car tout, absolument tout est dument contrôlé : pas le droit d’aller là, interdit de dépasser les 1500 pieds (le niveau de la mer étant la base de calcul, il faut donc tenir compte de l’altitude du lieu d’où l’on décolle, hauteur qu’on soustrait de ces 1500 pieds : pas intérêt de partir d’une montagne alors ah ah ah). À dix heures trente précises, le Patrick R. appelle Elena A. afin de savoir où sont ses passagers : ce n’est pas un rigolo le gars (limite austère, mais bon, vu qu’il offre ce vol, Michel M. ne va pas ramener sa fraise de critique de première, comme il l’arbore à temps complet dans son quotidien, et ce n’est pas bien, la). Une chance pour les futurs volants, ils ont les hangars dans le collimateur lorsque résonne le téléphone : l’auteur gare le Picasso à10h32, OUF !

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Patrick R. donne quelques indications sur ce qu’est un avion comme celui qu’il possède,

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tout comme il fait le tour du bolide afin de vérifier s’il n’y a pas un boulon qui se déboulonne, une visse qui se dévisse ou une tôle qui se tord.

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Et c’est le temps de monter à bord : Michel M. fait dans le chevaleresque en laissant sa brune mie s’assoir à côté du pilote. Lui qui pensait avoir de l’appréhension avant puis pendant le vol, s’aperçoit déjà qu’il n’en est rien. Peur-être cela est-il dû à sa philosophie de vie qui est, entre autres principes, que lorsque les choses doivent se produire, elles se produisent de toute manière. Dès lors, il est bien vain de se mettre martel en tête, les émotions de ce genre n’étant juste bonnes qu’à gâcher le présent. Ainsi de ce vol qui, s’il doit mal tourner, tournera mal et puis c’est tout, pardi !

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Ayè, tout le monde est à sa place, harnaché, casqué, le moteur tourne et chauffe, il faut juste prendre le temps de s’insérer dans les vols déjà en cours. Et c’est parti.

Mais là où ça va devenir un chouïa cocasse, c’est lorsque Patrick R. va donner les commandes à son invitée de voisine…

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Durant tout le trajet pour ainsi dire, c’est Elena A. qui va donc piloter le Wasmer. N’ayant pas pris de sac à caca de Ripley afin d’absorber d’éventuelles déconvenues consécutives à un plausible mal du ciel, c’est donc sans filet que se fait ce voyage, désormais susceptible de coller de belles nausées aux deux touristes de l’air. Michel M. n’eut, en ce qui le concerne, aucun mal à n’en ressentir aucune tant il serrait ses fesses. Cela non pas pour empêcher quelques bien moches fuites qui auraient été dues à une redoutable trouille alors ressentie par l’auteur, certes non (et comme icelui l’a déjà ci-dessus signifié). En revanche, les problèmes de pilotage de sa dulcinée finiront par mener icelle aux portes du vomi. À sa décharge, il n’est pas aisé de regarder à la foi les compteurs ET l’horizon, quand on se trouve en biais comme elle l’était alors.

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Enfin bon, tout représentant du sexe masculin lisant cela ne peut que se demander si Michel M. ne ferait pas dans un éhonté faux-derchisme de première, tant cette tâche ne semble vraiment pas au-delà des capacités de tout être humain doté d’un tant soit peu de sérénité, pardi ! Évidemment que non, mais qu’importe de toute manière, puisque l’amour qui meut ces deux-là n’est pas du genre à tolérer le moindre mensonge, la moindre lâcheté dans leur relation ô combien symbiotique. C’est ainsi que Michel M. gardera-t-il par devers lui l’idée selon laquelle il se serait mieux débrouillé que sa muse dans de telles conditions. Et comme il n’y a que peu de chance qu’une telle opportunité ne se représente, le doute subsistera peut-être à jamais. Allez, fi de ces considérations bien prosaïques, quand c’est au recueillement qu’invite une telle place dans l’univers…

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Première impression : la Mer de sable d’Ermenonville vue d’en haut : « Ho que c’est beau, ho ho hooo ! ». Avec les turbulences convectionnistes en formation (pffff la pauvre Elena A. a bien du mal avec ce manche à balai qu’elle n’a pas l’habitude de manier voilà tout, car dehors, il n’y a pas un pète de vent), Michel M. précise derechef qu’aucune des photos présentées là (parmi les clichés récoltés en vol) n’est digne de figurer dans n’importe quel autre lieu que ci-dedans. Que les hordes de michèlèmiennes émules n’espèrent toujours pas (depuis le temps, le contraire serait sujet à bien des interrogations) rencontrer ici des images aussi remarquables et pertinentes que celles qu’elles ont l’habitude de croiser chez leurs milliards d’amis des réseaux sociaux qui s’y exposent, puisque tant ils y pullulent, sous leurs meilleurs atours, certes non. Avec Michel M., on est au contraire assuré de mater des trucs qui n’ont en vérité aucun autre intérêt que celui de servir de supposé  drôlissime  illustration  à des commentaires non moins supputés spirituels. Par exemple…

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Ci-dessus, un circuit de testage des automobiles qui seront ensuite vendues par centaines de milles aux français : des Peugeot, des Citroën et autre Renault, fleurons français qui n’ont rien à envier à leurs voisines allemandes, tellement elles n’ont rien, mais vraiment rien qui leur ressemble. C’est bien simple : si autant de rescapés (indirectement par leurs ancêtres) des camps nazis roulent, parait-il, en berlines teutonnes, c’est bien que, quelque part, leurs concepteurs fabriquent les meilleures automobiles du monde et que, se faisant, ils ont obtenus leur pardon.

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Le Parc Astérix…

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Le château de Chantilly…

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La ville de Senlis et sa cathédrale, qui doit beaucoup à une certaine Anne de Kiev. Ça c’est de l’actualité, n’est-ce pas ? Tiens, à ce propos, Michel M. ne résiste pas à l’indéniable plaisir qu’il a d’indiquer ci-dessous un lien qui fait la part belle à une explication sans a priori de « La Crise ukrainienne ». Au minium édifiant. Seulement bien sûr, il faut être dégagé de toute dogme du genre les russes sont des ogres qui mangent les enfants et les américains passent leur temps à sauver le monde (ou l’inverse, mais, curieusement, ça ne fonctionne pas aussi bien).

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Changement de décor et d’histoire. Ci-dessus, voici le château de Pierrefonds, celui dans lequel une belle d’autrefois n’aurait eu aucun mal à s’endormir dans un lit sous le matelas duquel un poids aurait été subrepticement placé, afin de connaitre les véritables origines de la susdite. Il était en effet bien connu, à l’époque des princes, princesses, reines et rois, qu’être bien né signifiait ne pas supporter le moindre infime dérangement. De véritables chiffes molles quoi (mais bonjour les conditions de vie, tout de même). Ça a dû beaucoup changé au XXIème siècle, du fait que ce ne sont plus des « bien nés » qui occupent ces châteaux, manoirs et autres hôtels particuliers, mais des parvenus de premières, des gens aussi raffinés qu’est transparente l’eau de boudin après cuisson. Vulgarité et frime sont leurs étendards quand, sur les leurs, d’autres arboraient leurs couleurs, dument obtenues à coup de campagnes de guerre et autres mérites durement gagnés, palsambleu ! À ce qu’on lit, entend et voit, il parait que notre société, c’est à dire celle du meilleur des mondes, est bien plus juste et « libérée » que celle de l’obscurantisme qui régnait alors…

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Michel M. soulignera que Patrick R. est un pilote respectueux : il invitera systématiquement Elena A. à contourner les villes et villages afin de ne pas perturber des habitants, qui plus est un aussi beau dimanche, qui appelle aussi sûrement au « Barbecue » (« Barbecue » en français) qu’un pistolet donne envie de tirer sur le moindre inopportun, très agacés par les incessants survols de leur propriétés. Autre vue, celle de la carrière de sable de Crépy-en-Valois : beauté du paysage, nécessaire extraction des matériaux, l’homme gère sa planète comme un pied. Elle finira par lui en coller un de sacrément pointu, de coup de pompe à son fondement, à force. Enfin, le retour sur le plancher des vaches, après un survol de l’aérodrome…

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Après cet atterrissage de maître, donc, il faut faire le plein. Juste avant cela, Patrick R. raccorde le zingue à la masse par le biais d’un long câble : il explique que sans cela, on risque de générer un arc entre l’essence et l’avion, qui est très chargé d’électricité statique.

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Une fois lesté de 75 litres d’octane 100, il a fallu tracter l’avion (à la main et à deux) jusqu’au hangar, comme visible dans la vidéo ci-dessus. Une mousse clôtura cette rencontre qui fut consommée à l’intérieur, dans une pièce bien fraîche. Furent évoqués la crise ukrainienne : Patrick R. joua à la perfection le rôle de l’Otaniste patenté, c’est à dire anti-russe primaire et vantant les mérites des américains, les seuls à sauver le monde et patati et patata. Le comble, c’est que le bonhomme annonça tout de go qu’il possédait un esprit critique, sous entendu qu’il ne se laissait pas berner, au moment même où il déballait, sans gêne aucune face à une russe, toute la propagande lue/vue et entendue jusqu’à la nausée en provenance de l’Ouest libérateur selon laquelle tout était de la faute du dictateur Vladimir P. Plutôt que de s’engueuler avec un buté, Michel M., une fois rentré à Fontenay-aux-Roses, se fit un malin plaisir de faire passer par courriel le lien précédemment mis dans ce billet.

Enfin, au moment de se quitter, le même Patrick R. indiqua à ses invités un fameux restaurant de ces connaissances sis à Ermenonville, l’Ermitage, où Elena A. et Michel M.  pourraient se sustenter dans d’excellentes conditions. Les trois prirent congé les uns de l’autre, et c’est l’esprit libre et le ventre bien à sa place que tous deux reprirent le Picasso en direction d’Ermenonville…

Et c’est à suivre, pour la seconde partie de cette superbe journée à marquer d’une pierre blanche dans le calendrier : la promenade dans le parc Jean-Jacques Rousseau d’Ermenonville.

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À suivre.

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