Fouler le Valois 2/2

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Ci-dessus, les spectateurs peuvent deviner une partie de l’Île aux peupliers (Elena A. aurait pu mieux cadrer la photo, évidemment) sur laquelle se trouve le cénotaphe de Jean-Jacques Rousseau (la stèle se trouve sur la berge, face à l’île). Il est donc inutile d’aller tenter d’ouvrir la boîte afin de récupérer un fémur ou un tibia du défunt, puisque comme chacun le sait, un cénotaphe est un tombeau vide. En effet, les restent du philosophe ont été transférés au Panthéon depuis belle lurette, c’est à dire en 1794 (soit 16 ans après sa mort), du temps de la Convention nationale : placés au côté de ceux de François-Marie Arouet (Voltaire pour les incultes), voilà une idée bien rigolote quand on sait à quel point ces deux-là ne pouvaient pas se blairer. C’est le château d’Ermenonville qui est visible tout au fond de l’étendue d’eau (étang, en court).

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Un chêne qui s’abat, ce sont tout plein de glands qui vont naitre. Michel M. qui manie les mots au point d’en connaitre bien plus que la moyenne de ses lectrices et teurs, a été fort surpris de rencontrer la qualification de la scène qui se déroule ici. L’espace se situe dans un enclot (un cordon bien symbolique protège l’endroit) et le tout est dument signalé (bien avant d’arriver sur les lieux, d’ailleurs) par l’expression : « Ne pas approcher à moins de deux mètres, arbre en réitération ». Dans l’esprit fécond et littéraire de l’auteur, la réitération était jusqu’à présent une répétition. Ne voilà-t-il pas que ce mot a toute sa place en botanique ? Ça c’est de l’information culturelle, nom d’une pipe en bois de buis ! Hé bin didonc, après une telle émotion, rien de plus indiqué qu’un café en plein air.

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Ça tombe bien, une sorte d’estaminet style genre et façon bouge décapoté est sis juste en face de l’arbre déchu : de quoi prendre le temps de sérieusement ingérer cette nouvelle littéraire pour Michel M. Il montre en effet un visage bien soucieux sur ce cliché. À moins que ne soit embêté par la difficile extraction de son téléphotophone (qu’il a cassé depuis, l’objet ayant chu sur le bord d’une des roues métalliques de sa table de salon : juste un minuscule point sur l’écran, mais les carottes sont cuites. Que les émules michèlèmiennes soient toutefois ravies de cet évènement, les photos à venir et prises par le biais du prochain téléphotophone de l’auteur devraient être plus belles encore) de sa poche. Car cette bûche sur laquelle il a posé les gobelets présente des anomalies bien originales…

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Hélas, ni Elena A. ni Michel M. n’étant jardinier ou botaniste (ils auraient connu le sens de réitération sans cela, pffff), les émules n’auront aucune information sur ce phénomène bien étrange venu d’un arbre. Qu’importe : la collation prise là fut bien plaisante, quelques autres clients étaient bien attablés autour de leur bûche, mais rien de dérangeant pour les deux promeneurs du dimanche. Guère de nuées non plus dans les limbes et un franc soleil sur leurs épaules, ce Patrick R. aura vraiment été d’un bon conseil aux deux ravis avec son tuyau crevé, décidément !

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La balade reprend, le café fait son office : prêts pour de nouvelles découvertes, les deux promeneurs ne cessent d’admirer les alentours (ainsi qu’eux-mêmes). Il faut dire que ce parc voulu par le marquis René de Girardin (certes probablement pas aussi divin qu’un illustrissime autre) est une réussite, même près de deux siècles et demi plus tard. Une chance qu’il ait été si bien entretenu par ses différents propriétaires, y compris et surtout le Conseil général de l’Oise (qui a acquis l’endroit depuis 1985) : les cinq Euros demandés à l’entrée sont un impôt indirect que Michel M. paya avec un plaisir rétrospectif qui ne gâche rien (normal, il aime bien plus son pays que cette fumisterie d’Europe unie qui, au fur et à mesure de son enkystement, pourrit profondément la vie de ses habitants). Le pouce levé de Michel M. ne signifie pas qu’il trouve que sa brune mie est particulièrement ravissante, quand bien même cela est-il le cas. C’est juste qu’il sait qu’il a réalisé, grâce à son ex téléphotophone (puisque désormais pété), un beau cliché. Au point qu’il l’expose ci-dessous.

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Dommage qu’il y ait ces quelques nuées dans les limbes, sans quoi l’effet eut été troublant.

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« Ce style de jardin à l’anglaise est caractérisé par une transition naturelle vers la campagne et la construction de fabriques romantiques qui servent de ponctuation à la promenade. » Par exemple, cette grotte dite « des Naïades » symbolise « l’accès à la connaissance par son escalier menant à la lumière du jour » (ça en jette un tantinet tout de même, n’est-ce pas ?). Et tout est à l’avenant, là-dedans ce parc.

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Dans le genre naïade, en voilà une qui a ravi le « cœur » de l’auteur depuis plus de trois années désormais, qui comptent parmi les plus belles de son existentielle vie : quantité et qualité sont au rendez-vous, dans un équilibre qui continue d’étonner ces deux-là comme d’autres le sont toujours, après des décennies d’élections, par la remarquable capacité à mentir dont sont pourvus les politiciens. Chacun ses références.

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Et c’est la fin de la visite, comme l’indique l’index de Michel M. qui pointe en effet sur la dernière fabrique de leur contentement, à Elena A. et à lui-même. Indubitablement, cet endroit est à visiter pour tout amateur de balade culturelle et pittoresque. À l’instar du parc des Buttes Chaumont dont la narration, qui n’est toujours pas terminée à cette heure, devrait reprendre pour son dernier chapitre (et les fonds de tiroirs récents seront taris).

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