Lydie M. & Claude M., ces demi-sœur et père « inconnus » : 1/2

La rencontre avec Lydie M., demi-sœur de Michel M., et sa mère, Michelle M., fut à la hauteur de ce que l’auteur (et sa brune mie Elena A.) avait supposé pouvoir se produire.

201409_Lydie_&_Michel_M_01 C’est à dire une rencontre tranquilliste à souhait, pas trop chargée d’émotion à fleur de peau et autres superfétatoires démonstrations aux frontières de l’hystérie, comme il s’en rencontre bien souvent lors de la mise en scène de tels instants dans les œuvres écrites, jouées et / ou filmées en provenance des cultures du monde entier. Niet, rien de tout ceci en l’occurrence, mais un superbe plateau d’huîtres arcachonnaises arrosées d’un Riesling, le tout dégustés en plein cagnard du Grand Ouest sur une terrasse de soixante mètres carrés (plus grande que les appartements d’Elena A. ou de Michel M. : « inutilement trop grande » en paraphrasant Lydie M. qui, comme toute personne habituée à vivre dans une même lieu depuis longtemps, n’imagine même pas qu’une telle superficie « inutile » puisse être considérée comme un rêve en Ile de France, où le climat est pourtant bien moins clément, merdalors !).

Après les photos initialement reçues par Michel M. (que Lydie M. lui avait précédemment faites gracieusement parvenir), ce sont désormais des extraits de la relation épistolière entre leur père et la mère de la demi-sœur de l’auteur qu’icelle lui transmet : Claude M. se montre, outre ses innées dispositions à être polyglotte (3 licences à son actif : de Lettres, d’Allemand (gothique) et de Langues orientales ainsi que la pratique courante du Bambara ce qui, accessoirement, lui permettra d’être potes avec les chefs et sorciers des villages du coin (et dans ces contrées dites sauvages, il est très important d’avoir des copains chamans, contrairement à bon nombre de colons qui, eux, resteront à jamais de simples pièces rapportées juste « de passage » et qui, pour le coup, en feront de très brefs, puisque victimes de tout un tas de trucs bizarres qui pullulent là-bas et sont capables de mettre par terre le plus bourrin des colons)), un excellent administrateur civil. En témoignent les longues périodes africaines de son existence (qui seront suivies par de non moins longs séjours derrière le Rideau de fer, et pas qu’en ex Allemagne de l’Est…). Autant de qualités que son rejeton, Michel M., ne possède en aucun cas, saperlipopette de palsambleu. Mais que les émules michèlèmiennes n’en ressentent aucune gêne ni tristesse : il n’est pas diplomate, lui, oh ça non alors !

Bien : les présentations étant faites, place au géniteur et à ses « œuvres ». ci-dessous voici, par exemple, un bref aperçu du « héros » et de ses « textes africains ».

C_M_02Claude M. dans sa « case », en Côte d’Ivoire (ou bien Sénégal…). Anecdote : là-bas, c’était le grand train de vie avec personnel de maison, bagnole de fonction et « datcha » quand à Paris, c’était un minuscule appartement rue du Dragon à cinq dedans (avant l’achat de la maison façon cage à lapin de Maisons-Laffitte) : Claude M., sa femme et ses trois filles (l’auteur est né trop tard hélas, car les voyages africains en famille étaient alors taris !).

C_M_01Claude M. et ses collègues (quatrième blancos en partant de la gauche).

 « (…) En ce qui me concerne, je reste à Adiaké, qui est bien petit : d’une part parce que je m’y  trouve bien, enfin relativement ! et surtout à peu de distance d’Abidjan et, d’autre part, parce que je suis quelque peu entouré de la population et que ce poste frontalier nécessite du flair et de l’expérience. A ce sujet je dois vous dire que je viens de recevoir (…) la visite du chef de l’Etat, M. Houphouët-Boigny, qui s’est arrêté chez moi lors d’une visite au Ghana. Insigne et redoutable honneur, dont je me suis bien tiré.
En mettant les choses au mieux, je resterai jusqu’en février prochain, date à laquelle je complèterai 16 mois de séjour et pourrai prétendre à un congé de quatre mois. Mais si j’ai hâte de rentrer, j’appréhende aussi de reprendre la vie quotidienne en Métropole, la bousculade parisienne ou l’ennui provincial, et toute la mesquinerie de petits fonctionnaires métropolitains qu’il va me falloir à nouveau côtoyer (…) »

« ( …) Que je vous parle de mes filles ? Je m’efforce de penser à elles le moins souvent possible, par hygiène, par volonté de garder toute ma force morale. Car imaginez-vous bien Michelle, que je suis seul dans une immense maison. Que Adiaké ne compte que deux autres européens, le curé, qui n’est pas fréquentable, es qualité, et le gendarme qui est un âne intégral doublé d’un fénéant délibéré et que je fais virer sous d’autres cieux à la fin du mois. Imaginez-vous aussi que depuis l’indépendance de la Côte d’Ivoire, la plupart des notables mécontents de voir un européen à la tête de leur circonscription, font tout pour me faire partir, et que, parce que j’ai relevé le défit, je suis engagé dans un combat d’influence, dont j’ai gagné déjà la première manche.

Imaginez-vous donc que le climat moral est parfois très dur, et que trop penser à mes filles pourrait me communiquer une mollesse d’âme bien peu souhaitable en ce moment. Je les trouve jolies et intelligentes, mais je suis partial forcément. Quand au fils, je ne le connais pas. Il paraît qu’il a le regard très sérieux et très triste. Sans doute est-il déjà très vieux. Je m’efforcerai de ne pas être trop sévère avec lui, car j’ai le faible espoir de vouloir pour lui la même éducation que j’ai eu. Que de tâches en perspective. ( …) »

Extraits des « Lettres d’Afrique » de Claude M. à Michelle M. (au tout début des années soixante).

Épatant, nan ?

201409_Lydie_&_Michel_M_02À suivre.

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