Selfinerife (l’art du)

En attendant « Su excelencia El señor Teide », voici une petite leçon de savoir vivre dans la modernité puisque ne passant que par la culture de son apparence (pas celle de La Modernité, hein, qui est tout sauf apparente puisqu’en son nom, cette civilisation est au bord de l’asphyxie, pardi : non non, il s’agit juste de la sienne à soi en tant qu’homo apparentus bien sûr). Que les letcrices et teurs se rassurent : ce sera court mais éminemment instructif (ainsi qu’abondamment illustré, youpi !).

Tout le monde entier des gens qui vivent sur cette planète en général (enfin, tout du moins celui des gens qui ont accès à une certaine technologie dont le but est (à moins qu’elle n’ait été pervertie par un usage quelque peu déviant d’icelle) de  » briller en société  » à moindre frais) connait le terme « Selfie » (« Selfie » en français aussi : voilà un mot qui n’aura pas trainé à être converti/repris dans les langues du monde entier par… lui même, une écrasante victoire de plus de l’anglo-saxonnisme sur le reste de l’univers*). Aussi, afin de sacrifier à l’usage (mais pas sans arrière pensée), Michel M. se laissa-t-il complaisamment photographié en compagnie de sa brune mie sur une plage de galets, au Sud de l’ile de Tenerife, du côté de Los Cristianos.

201409_Selfinérife2S’apercevant qu’il manquait le détail qui fait de la chose un sésame permettant aux hordes d’adolescentes du monde dit occidental de se rassurer quant à leur appartenance au troupeau, en l’exhibant comme avatar sur leur profil (les réseaux sociaux ne fonctionneraient pas sans cet accessoire), ces deux-là reprirent la pose, avec la mimique adéquate :

201409_Selfinérife1la lippe, la moue, la bouche en cul de poule, quoi (c’est toujours un plaisir pour Michel M. de constater à quel point les modes peuvent être vecteurs d’abêtissement des foules, observations dont il n’hésite jamais à faire part à ses émules) : le résultat est déjà beaucoup plus probant, non ?

Trouvant l’activité tout à fait en adéquation avec ce séjour absolument idyllique (une douce vacuité dans un décor de film en carton-pâte : superficialité à tous les étages, certes, mais service exemplaire), ils s’y adonnent alors à fond.

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201409_Selfinérife4Il est toutefois un brin dommageable qu’ils n’aient pas songé à cet autre signe in-dis-pen-sa-ble de ralliement qui consiste à  mettre en évidence ses indexe et majeur devant le visage, ce fameux signe de la victoire (la totale : la chambre, la bouche en cul de poule, le signe V, le bronzage, les brimborions et la blondeur !), à l’instar du retroussage de la jambe du pantalon de survet’ en signe de soutien aux esclaves (?!!), ne veut plus rien dire désormais de bien précis (à moinsss qu’une signification ne soit apportée à l’auteur par une lectrice (par exemple, la mère de l’une de ces gourdasses de gamines ci-dessus évoquées)) -après visionnage de quelques millions d’egoportraits, Michel M. a pu constater que cette coutume du « V » a quasiment disparu (en revanche, d’autres l’ont remplacée !) : s’il ne veut pas à nouveau se planter aussi grossièrement, il devrait se créer un compte sur Le Réseau social afin de se tenir informé des us et coutumes des gens qui aiment paraître, mine de rien…**-. À leur décharge, Elena A. et Michel M. ne sont plus tout jeunes. Sans compter qu’ils ne cautionnent de toute façon pas ces imbécillités de signes d’appartenance à une bande, à un mouvement, à un troupeau donc, qui sont autant d’affligeantes preuves d’un refus de se différencier de la masse par la crainte de l’affirmation de leur ego. Ce qui les placerait derechef sous les lumières du regard critique de l’autre : l’audace est contraire au consentement.

Retour sur le fil de ce billet. Seulement voilà : à tant se complaire dans son propre reflet, on risque parfois de rencontrer de terribles déconvenues. Sur une plage, celles-ci peuvent même être fort déplaisantes. Par exemple, sous l’apparence d’une vague un tantinet plus grosse que le ronron qui jusque là s’était fait entendre, et qui s’en vient détremper les fringues si patiemment pliées afin d’éviter qu’elles ne soient pleines de sables…

Dès lors, les visages de ceux qui voient arriver le drame peuvent changer du tout au tout, comme illustré ci-dessous. Michel M. tient à prévenir ses lectrices et teurs que les expressions vues sur son visage sont susceptibles de choquer les âmes les plus sensibles.

Et c’est parti.

201409_Selfinérife5Tout est bien dans le plus idyllique des univers touristiques…

201409_Selfinérife6Mais les choses semblent se gâter (Elena A. est visiblement à l’écart du sentiment de crainte quelque peu exprimé par son homme, toute occupée qu’elle est à poursuivre sa série d’egoportraits, la pauvre inconsciente !).

201409_Selfinérife7Dorénavant, c’est la terreur qui envahit Michel M., car il est trop tard pour songer à se tirer : la vague va tout emporter. Et, toujours, cette plénitude dans les traits d’Elena A. qui a repris cette moue-cul-de-poule si chère aux idiotes précédemment et sciemment stigmatisées par l’auteur : gageons que cette inconsciente bonne humeur aura bel et bien sombré après le ressac, Ah ! Ah ! Ah !

Un billet de déconne, ça change du sérieux rencontré sur le blog depuis quelques temps, n’est-ce pas ? Allez hop, à bientôt là-dedans !

Michel M., cet émérite narrateur

Signature_michelm_tenerife2du Grand Rien de la Vie.

* Mis à part les cousins québécois qui, eux, se sont donnés la peine de le traduire par « egoportrait ». Ces gens-là, nos cousins que l’ont ne prend pas au sérieux comme ils le mériteraient, défendent bien mieux la langue française que les Français eux-mêmes, saperlipopette de diantre !

** Avant qu’une telle chose ne se produise, les poules auront eu des dents, les auront perdus et leurs plumes seront devenues des poils.

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