Un pont trop loin, certes, mais un pont toutefois vu

Le Gard ou Gardon (même rivière pour deux appellations) est un cours d’eau très changeant (et le paysage vu en fin de billet sera pour le coup très probant) : son niveau peut s’élever rapidement suite à un épisode cévenol (il y en a eu huit durant l’automne 2014, croit se rappeler l’auteur). Mais ce qui intéressait Elena A. et Michel M. en l’occurrence, c’était le Pont du Gard.

Après avoir tenté en auto la rive droite, jusqu’au parking à 10 Euros ! (18 en haute saison !!), un tarif qui aura fait fuir les deux héros de l’aventure en cours (un tantinet raz-le-bol des rackets organisés de ce type), c’est à pied qu’ils tentent d’atteindre l’accès au pont par la rive gauche. Après avoir laissé l’auto à Remoulins, ils partent à pied pour une balade de trois kilomètre.

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En prenant dans un premier temps un sentier qui longe la berge de la rivière…

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… puis par la route, soit une marche de trois kilomètres. Chemin faisant, ils trouveront les restes d’un corps calciné, sans parvenir à déterminer de quelle bestiole il s’agissait, ni à comprendre ce qui a bien pu se passer là : un chien brûlé, mais pourquoi ? Peut-être qu’en épluchant la presse locale, une explication pourrait être trouvée d’un tel mystère pour le moins malsain (Michel M. évoqua même le film « Blair Witch »). La ville que photographie Elena A. est Vers-Pont-Du-Gard, ce qui est plus ou moins leur but. Seulement l’accès au Pont du même nom se fait à l’extérieur de la commune (tout plein de détails afin d’aider les lectrices et teurs à bien s’imprégner des lieux). Le temps est un chouïa menaçant, mais mis à part quelques gouttes qu’il fut aisé d’éviter, les deux marcheurs parvinrent à sec (excepté la transpiration) au but.

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Manque de bol, le Conseil général avait privatisé l’accès au pont. Peut-être pour une rencontre d’ufologie ? Mais nan, pour un Noël avant l’heure, bien entendu ! Il n’empêche que tous deux sont déçus de ne pas être payé pour leur effort, bon sang !

Mais après le bref désarroi, Elena A. retrouve rapidement ses réflexes de femme slave : qu’à cela ne tienne, elle va bien leur trouver un moyen de s’approcher de la rivière et, qui sait, de voir ce fameux pont, non mais ho !

201412_Nîmes98201412_Nîmes99C’est donc en empruntant une voie privée qui mène à des maisons posées de-ci, de-là sur un grand terrain herbeux, qu’ils vont parvenir à retrouver la berge. Et le spectacle qui s’offre à eux est superbe…

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Mais Michel M., sentant bien que la tension née consécutivement à la longue marche, à la déception de se trouver refouler par un vigile pour cause de privatisation par l’État d’un lieu aussi historique (il est vrai que de laisser passer les touristes, c’était au minimum prendre le risque d’un attentat terroriste !), par le viol de la propriété d’autrui et par le risque pris par tous deux de s’aventurer si prêt d’une rivière aussi capricieuse, trouve matière à plaisanter en évoquant la présence avérée, au temps jadis, de population préhistorique en ces lieux sauvages…

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Mais bon, les plaisanteries les plus courtes étant les moins longues, Michel M. reprend sa marche vers le but : longer cette berge jusqu’à tenter de voir l’aqueduc romain.

201412_Nîmes11Et c’est alors qu’ils atteignent la fin du surplomb qu’enfin il apparaît, majestueusement antique autant que lointain. Mais, pour le coup, ils n’auront pas déboursé un radis et cela, en fricotant avec le danger de recevoir de la chevrotine, de choir dans l’eau et au risque de ne pas trouver un angle de vue permettant de voir le Pont du Gard. C’est dès lors une débauche de prises de vue, tellement l’endroit est splendide…

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Et cela, jusqu’à plus soif.

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Mais, à l’instar du gardon, le temps s’écoule et il faut songer à rebrousser chemin.

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Le problème, c’est que ni l’un ni l’autre ne retrouve le chemin emprunté à l’aller au travers des propriétés privées : c’est ainsi qu’ils vont se balader durant de longues minutes à portée de fusil et, au minimum, à celle des yeux des occupants des maisons alentours. Ne parvenant vraiment pas à retrouver la route de l’aller, ils sont contraints de se frayer un chemin au travers d’une végétation pour le moins folle afin de s’en retourner à Remoulins.

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L’endroit porte les séquelles d’une montée rapide des eaux, le fameux épisode cévenol de la mi-novembre ci-dessus indiqué. Le spectacle est impressionnant : nul doute que ni homme ni animal ne puissent résister à un tel déchaînement de la nature. Et ce ne sont pas arbres déracinés et autres dépôts de débris dans les branches qui contredisent cette impression.

Les coups de fusil entendus dès le début de leur promenade dans le coin se font plus proches… Mais c’est un tout autre bruit qui va retentir au loin. Un crissement de frein se fait soudainement entendre, suivi du méchant son d’un violent choc : un véhicule vient d’avoir un accident. Noyés dans la végétation chaotique, tous deux se disent qu’il doit forcément il y avoir de la casse, et pas que du côté de la bagnole, pour sûr !

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Ils en sont toujours à penser à cela lorsque, au détour d’une futaie de bambous,

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ils tombent sur le premier chasseur de la battue en cours, de l’autre côté de la rivière (le danger était donc moins proche qu’initialement supputé). Après les questions d’usage (« C’est une chasse à quoi ? » « Aux sangliers, et il ne doit plus en rester qu’un sur les trois à tuer »), Michel M. évoque l’accident avec le tueur qui, quant à lui, semble n’avoir d’yeux que pour la belle brune qui les prend tous deux en photos.

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Mais il faut en finir avec cette marche au travers du chaos végétal, une marche qui commence un tantinet à s’éterniser… À noter qu’en ce qui concerne l’accident, il faudra bien une dizaine de minutes pour entendre les premières sirènes, alors qu’une famille déjeunait dans le terrain que bornait le muret sur lequel l’automobile s’est jetée (personnes attablées, vues alors que les deux aventuriers entamaient leur marche le long du Gardon et longeaient leur terrain), des personnes qui auront évidemment appelé aussitôt les secours…

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Après être parvenus à s’extirper de la folle végétation, ils passeront à proximité de l’accident, du côté droit sur la photo. Bien évidemment, ni l’un ni l’autre ne prirent de photo du drame. En revanche, la scène qu’il virent alors mettra un certain temps à disparaitre de leur souvenirs : un jeune homme, le visage en sang, bougeait dans l’auto dont le pare-brise était totalement étoilé. Mais c’est en lisant le journal le lendemain qu’ils eurent « le fin mot » de l’affaire. Les camions de pompiers étaient au nombre de quatre, plus trois véhicules de gendarmerie, plus un hélicoptère qui s’est posé dans le champ juste en face de l’accident : dix minutes d’attente, certes, mais toute une troupe de sauveteur ensuite !

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Dernières vues de Remoulins, dernières impressions du Gard (ou Gardon) : le Pont du Gard était la première visite que Michel M. avait programmée pour ce séjour de trois journées. Bien évident, ce qui était envisagé ne s’est pas présenté (accès au pont ouvert), mais l’aventure vécue là par Elena A. et lui-même fut à la hauteur de l’événement, c’est à dire la commémoration de leur rencontre et du bonheur permanent dans lequel cette nouvelle existence les plonge depuis quatre années…
La suite du séjour, qui sera elle aussi de toute beauté, ne démentira pas cette première impression.

À suivre…

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