Ré-information : le meilleur exemple de ce à quoi cela peut ressembler n°2

Initialement publié sur un site jusqu’alors inconnu de Michel M., le texte ci-dessous lui a semblé particulièrement pertinent quant à la qualité et la richesse du raisonnement qu’il affiche, ainsi que des liens proposés (gage d’un article non uniquement à charge, contrairement à ceux que diffusent à longueur de temps la presse subventionnée par l’État, et qui sont en outre bien souvent dépourvus de la moindre preuve des « faits » avancés par le tâcheron de service).

Aussi, dans son action prosélyte qui est de donner l’accès au plus grand nombre (377 visites sur le blog recensée pour la journée d’hier, youpi !) à une information différente des faits de ce monde, information qualifié d’alternative, de ré-informative et de complotiste par ceux dont elle met à jour les manœuvres bien pourries, Michel M. se fait un devoir (doublé d’un plaisir certain) de l’exposer.

Du «flash totalitaire» français au stroboscope US
On dirait une accélération filmée au ralenti. En vision panoramique, on voit la multiplication exponentielle des crises qui agitent la scène géopolitique mondiale. Et si l’on zoome sur une crise ou sur l’autre, on observe que toutes, absolument toutes, s’aggravent et s’amplifient par la grâce d’une lente mécanique de pourrissement quasi automatique. Moteur de ce désordre globalisé : un Système atlantiste en décomposition qui, comme pris dans des sables mouvants, précipite sa disparition d’autant plus vite qu’il s’agite en tous sens. C’est que l’effondrement de sa contre-civilisation se fracasse désormais à la fois contre la montée en puissance des pays émergeants ; et contre le mur des contradictions de son modèle néolibéral. Comme attendu, le Système atlantiste cherche dès lors à persévérer dans son être par la guerre à l’extérieur (1), et la dérive totalitaire à l’intérieur. Et là, du «flash» français au stroboscope US, les choses se précisent.

L’extension permanente du domaine du chaos
On ne s’étendra pas sur la guerre portée à l’extérieur que nous commentons régulièrement ici. Signalons simplement que toutes les crises «extérieures» pourrissent tranquillement comme il se doit, chaque initiative du Bloc contribuant à en augmenter le degré de désordre.
Au Moyen-Orient, le monstre Daesh que l’Occident à créer de toutes pièces est en train de dévaster toute la région. Formellement, l’Irak et la Syrie n’existent déjà plus. Et il est toujours fascinant d’entendre les «spécialistes» agréés du Système atlantiste analyser la situation dans leurs débats convenus (type «C dans l’air»); évoquer une «guerre de 30 ans»; évaluer dès lors les chances de la so called «coalition», chacun passant comme chat sur braise lorsqu’il s’agit de rappeler dans cette affaire la culpabilité pleine et entière des USA au premier chef, et de l’Occident en général.
Ce sont en effet eux qui, exterminant plus d’1,5 million d’Irakiens pour une poignée de barils ; puis soutenant les djihadistes en Syrie pour faire chuter Bachar ; puis dévastant la Libye devenu depuis la plus grande foire aux armes à ciel ouvert du monde : ce sont eux, les Bush, Rumsfeld, Cheney, Blair, Obama, Sarkozy, Hollande et consorts, eux les criminels qui ont fabriqué l’Etat Islamique (et qui le soutienne encore d’ailleurs au moins indirectement) et qui partagent dès lors la responsabilité de tous leurs crimes. Si la justice qu’ils invoquent ad nauseam pour perpétrer leurs crimes existait vraiment dans leur monde-libre, ces gens-là seraient arrêtés, inculpés et condamnés.
Quant au front ukrainien de la grande russophobie ambiante, la confusion y est totale. Certes, la soudaine visite de Kerry à Lavrov au lendemain de célébrations du 70ème anniversaire de la Victoire – qui ont montré une Russie plus que jamais forte et unie derrière son Président – témoigne d’un accès de panique US devant l’impasse qu’ils ont créée en Ukraine et de leur volonté d’apaisement sur ce dossier. Et cela au grand dam d’Européens qui ne savent dès lors plus de quel côté ramper.
Pour autant, le risque reste grand que la guerre reprenne avant l’été dans le Donbass à l’initiative de Kiev. Dans sa grande sagesse et son inspiration infinie, l’Occident y a en effet installé une pègre oligarchique plus féroce encore que l’ancienne, et dont le jusqu’au-boutisme mafieux teinté de néonazisme apparaît comme la seule option de survie à la fois politique et physique.
Sur le front extérieur, c’est donc l’extension permanente du domaine du chaos.
Reste deux interprétations possibles à un tel degré d’entropie : soit la classe dirigeante occidentale fait preuve de la plus effarante des incompétences tant par l’ampleur que par la durée; soit ce désordre et ce chaos, par ailleurs très lucratif (2), sont précisément le but recherché dans une sorte de «stratégie de tension» globalisée.
Nous y voyons volontiers quant à nous un savant mélange des deux.

Du «flash totalitaire» français…
Venons-en dès lors à ce qui nous intéresse plus singulièrement aujourd’hui, à savoir d’observer plus en détail l’accélération de la dérive totalitaire qui agite l’intérieur du Système aujourd’hui.
Dans son livre «Qui est Charlie», Emmanuel Todd a ainsi stigmatisé le «flash totalitaire» qui a saisi la caste politico-médiatique française, et une partie du pays, lors des manifestations monstres du 11 janvier après la tuerie de Charlie Hebdo. Chacun se souvient en effet, non sans gêne, de ces minutes de silence imposées à tous dans les écoles; de l’audition par la police d’enfants de 8 ans pour des propos malheureux (séditieux?); de la comparution d’adolescents pour des tweets ou des dessins bref, de l’obligation faite à chacun d’endosser l’uniforme Charlie sous peine d’excommunication, voire de poursuites judiciaires.
Fameux moment «de grâce» et de «communion» comme «ils» disent, où la responsable du service politique de France2 avait appelé à «repérer et traiter ceux qui ne sont pas Charlie» (3).

Un processus déjà ancien
Mais n’était-ce vraiment qu’un flash? Ou, au contraire, le caractère paroxystique de l’épisode n’a-t-il pas plutôt libéré une parole, une pensée, une tentation voire une intention, jusque-là contenue, autocensurée, dissimulée?
Bien sûr, comme le suggère Todd, la plupart des citoyens qui ont participé à l’évènement ont «vécu le «JeSuisCharlie» comme un épisode d’aliénation par la pensée d’autrui, de dépersonnalisation temporaire». Mais les autres, ceux de la caste politico-médiatique qui ont précisément construit cette pensée aliénante et appelé à «traiter ceux qui ne sont pas Charlie»? Ont-ils eux-aussi été saisis par une pensée étrangère à eux-mêmes? Ont-ils eux-aussi été momentanément dépersonnalisés?
On a toutes les raisons d’en douter.
L’épisode d’aliénation «JeSuisCharlie» s’inscrit en effet dans un processus déjà ancien d’endoctrinement et de marginalisation de toute critique de la narrative du Système. L’incroyable désinformation de masse qui prévaut sur les conflits irakiens, libyens, syriens et ukrainiens témoigne ainsi d’un alignement quasi complet des médias français sur le discours officiel de l’Etat. Ajoutez à cela le bannissement d’intellectuels ou artistes considérés comme déviants, et l’on retrouve des caractéristiques généralement associées aux régimes à tendance totalitaire.
On pourrait aussi évoquer le système de parti unique à deux têtes (4) ; le passage en force de lois contre l’avis du peuple (Traité de Lisbonne) ou du Parlement (Loi Macron), pour achever de démontrer l’état de déliquescence d’un système politique français devenu une sorte de Canada dry de la démocratie.
Enfin, on ne saurait plus parler de «flash» concernant l’élite du pays lorsque celle-ci instrumentalise «l’effet Charlie» pour imposer, des mois après, un Patriot Act à la française au travers d’une Loi sur le Renseignement totalement inutile en matière de lutte contre le terrorisme, mais bel et bien liberticide et dangereuse (5).

Tout en haut, le Veau d’or
Invité à se justifier devant les tribunaux audiovisuels de Charlie pour avoir osé porté un jugement défavorable à la grande communion cosmique du 11 janvier, Emmanuel Todd a toutefois défendu son concept de «flash totalitaire», en soulignant que «la France centrale est vraiment libérale (…) anarchiste, incontrôlable», donc «incapable d’un régime totalitaire» dans la durée (6).
Malgré l’immense admiration que nous avons pour Emmanuel Todd, nous estimons qu’il nourrit là une illusion. D’abord parce que la France n’est qu’un rouage du Système néolibéral globalisé sous direction US auquel elle appartient. Elle est en effet aujourd’hui totalement embarquée sur l’Hyper-Titanic de ce modèle de contre-civilisation prosterné devant le Veau d’or et qui, tout en épuisant le monde, concentre tous les pouvoirs et toutes les richesses aux mains d’une caste de plus en plus réduite d’élus dont l’arsenal répressif, du fait des progrès technologiques, est désormais d’une puissance absolument inégalée dans l’Histoire.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce Système néolibéral, indépendamment des nations qui le compose et qu’il digère sans efforts, impose uniformément la même recette de naturalisation de l’économie, parallèlement à une lobotomisation des masses par le divertissement et leur emprisonnement dans la dette, la précarité et la multiplication des désirs et de leur impossibilité.
Sans rupture radicale d’avec un tel Système globalisé (mais comment?), on voit mal comment la France pourrait in fine se révéler véritablement «incontrôlable».

…au stroboscope étasunien
De l’autre côté de l’Atlantique, la matrice du Système néolibéral dispose, en matière de dérive totalitaire comme en toutes choses bien entendu, de sa fameuse longueur d’avance.
La multiplication des meurtres racistes (7) ces dernières années, dont le caractère absolument exponentielle pourrait faire suspecter une politique délibérée, a donné lieu à des émeutes importantes qui ont-elles-mêmes servi de prétexte à une militarisation des forces de police.
Sur Infowars.com, Michael Thomas a développé la thèse selon laquelle l’administration Obama était en train de favoriser une «guerre raciale» aux USA, avec le secret dessein qu’en opposant blancs et noirs, il pouvait écarter le spectre d’une «guerre des classes», c’est-à-dire la révolte des 99% contre les 1% (8).
Quoi qu’il en soit, de Fergusson à Baltimore, on a assisté à une véritable mutation des forces de police américaines qui furent déployées avec des tactiques et des équipements calquées sur ceux des GI en Irak ou en Afghanistan avec mitrailleuses, drones et même des MRAP qui sont ni plus ni moins que des chars légers.
Au-delà de cette militarisation des forces de polices, l’idée d’une fédéralisation des polices locales fait également son chemin et l’on observe dès lors une tendance très forte, à Washington, pour se doter des moyens de mater des révoltes populaires de grande ampleur.

«Violente dislocation stratégique»
C’est que contrairement à la narrative, la situation intérieure des USA est catastrophique. La pauvreté y atteint des sommets épouvantables avec des dizaines de millions d’Américains vivant grâce aux bons d’alimentation ; une concentration phénoménale des richesses et des désordres sociaux permanents.
Il y a 7 ans déjà, l’US Army War College avait d’ailleurs édité un rapport qui préconisait que l’armée se prépare à une «violente dislocation stratégique à l’intérieur même des États-Unis» qui pourrait être provoquée par «un effondrement économique imprévu», «une résistance intérieure délibérée», «une catastrophe sanitaire» ou «un vide de pouvoir juridique et légal». La «violence civile généralisée », dit le document, «forcerait les responsables de la défense à réorienter in extremis les priorités pour défendre l’ordre intérieur et la sécurité des individus.» (9).
Or dans la situation présente, plusieurs scénarios envisagés par le document deviennent plausibles, qu’il s’agisse de l’«effondrement économique imprévu» – par exemple lié à l’affrontement géopolitique en cours avec les pays du Brics et la dédollarisation qu’ils ont entamée –; ou «une résistance intérieure délibérée» – qui recouvrirait quant à elle une généralisation des émeutes, ou même la tentative de sécession déjà évoquée par certains Etats comme le Texas notamment.

Lien de confiance rompu
C’est dans ce contexte de troubles et d’incertitudes qu’il faut placer l’émoi énorme suscité outre-Atlantique par un exercice militaire d’une nature et d’une ampleur inédites, prévu sur le sol des Etats-Unis en juillet prochain.
Cet exercice, baptisé Jade Helm 15, implique notamment les forces spéciales, dont les bérets verts et les Navy SEALS, et selon le scénario prévu le Texas, l’Utah ainsi que le sud de la Californie y sont catalogués comme «zones hostiles». Dans le contexte de troubles sociaux qui prévaut aujourd’hui, certains y voient un exercice grandeur nature pour l’application d’une loi martiale aux Etats-Unis.
Pour prendre la mesure de l’émoi suscité par l’exercice, il suffit de relever que le Gouverneur du Texas lui-même s’oppose à JH15 et a annoncé qu’il mobiliserait de son côté la Garde Nationale pour parer à toute éventualité et surveiller les agissements de l’US Army, ce qui en dit long sur la confiance qui règne vis-à-vis des intentions de Washington (10).
Une méfiance au demeurant absolument partagée par la population.
Selon un sondage, entre 32% et 45% des citoyens US se disent plus ou moins inquiets, et voient dans JH15 une manœuvre du gouvernement pour établir un contrôle militaire et policier de la population (11).
A ce stade, deux constats s’imposent donc.
Le premier est que la militarisation des forces de police US témoigne du fait que le pouvoir washingtonien tend de plus en plus à considérer le peuple comme un ennemi potentiel, ou à tout le moins qu’il a intégré l’hypothèse, ou la probabilité, de troubles sociaux d’une ampleur sans précédent avec affrontements armés à la clé.
Le deuxième est que cette méfiance a son miroir. Quelle que soit la réalité de la situation ou des intentions s’agissant de l’exercice JH15, ce qui frappe, c’est la défiance manifeste d’une très large partie des citoyens US vis-à-vis du pouvoir central de Washington. Le lien de confiance entre le peuple et le gouvernement est rompu.

Conclusions
Du «flash totalitaire» français au stroboscope US, la tentation totalitaire est donc bel et bien une réalité que l’on retrouve d’ailleurs dans nombre d’autres pays du Bloc atlantiste (Royaume-Uni, Canada etc…).
Nous avons souvent dit que le Système néolibéral atlantiste, de par l’hyperpuissance qui est la sienne aujourd’hui, ne pouvait être concurrencé ni vaincu par aucun autre système rival. Et qu’en toute logique, son effondrement ne pouvait survenir que de l’intérieur.
C’est donc peut-être, sans doute, cet effondrement intérieur-là – qui ferait voler en éclat plus sûrement que n’importe quelle pression extérieure toute la belle mécanique néolibérale du Système et la domination atlantiste du monde –, dont les élites du Système semblent vouloir se prémunir désormais, même au prix d’une dérive totalitaire.

Mis en ligne par entrefilets.com le 22 mai 2015

1 Pourquoi notre Hyper-Titanic va couler
2 Les troubles au Moyen Orient sont une grande source de bénéfices pour les Etats-Unis
3 «Tous Américains», «Tous Charlie», tous en guerre !
4 Marché-Système en déroute : petit survol d’une grande crise
5 Loi sur le Renseignement : un mensonge d’Etat
6 Emmanuel Todd chez Bourdin
7 Killed By Police, un graphique édifiant
8 Why Obama administration is so determined to start a race war
9 Le complot de Baltimore Vers un état policier et une dictature militaire?
10 Unclear dangers
11 Nearly Half of US Believes Military Drills Point to Fed Takeover of States

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