Ré-info : un attentat, selon que vous êtes occidental ou… étranger

Guernica

par Miroslav Lazanski

Ce qui frappe, à propos des attentats de Paris, vu de l’extérieur de la zone Otan, c’est d’abord l’incroyable racisme des populations atlantistes sur celles du reste du monde. Européens de l’Ouest et États-uniens considèrent que leur vie est infiniment plus estimable que celles des autres humains. Peu importe donc les 4 millions de morts musulmans de leurs guerres ou les 224 Russes de l’Airbus détruit au Sinaï, nous sommes priés de ne pleurer que les 130 victimes françaises.

Réseau Voltaire | Belgrade (Serbie)

Paris à midi et la « Marseillaise ». Le réveil est très douloureux et désagréable. En avril 1937, le bombardement de Guernica a été un choc pour tout le monde, c’était la première fois que la population civile était la cible d’avions qui volaient si haut qu’ils étaient à peine visibles. Jusque-là, en temps de guerre, c’était une armée contre une autre. Il y avait bien sûr des tueries, mais on respectait la règle selon laquelle la population civile devait rester protégée. Cet honneur militaire a été remplacé par l’impudence d’un monde dans lequel c’est uniquement le soldat qui est protégé et dans lequel ce sont uniquement les civils qui sont en même temps otages et victimes.

Belgrade a été bombardé en 1999 pour soi-disant protéger les Droits de l’homme au Kosovo. À ce que je sache, les soldats ne sont pas morts à Valmy pour protéger des Droits de l’homme, mais pour protéger les frontières nationales. Tous ceux qui ont perdu le sens de la défense des frontières, ont perdu la raison.

Le jour où l’Europe a abandonné, au nom de la supra souveraineté, les frontières entre les États qui la composent et les a remplacé par la politique, et quand elle a accepté à ce qu’une ville européenne —Belgrade— pour la première fois depuis 1945, soit bombardée, elle a sombré dans le chaos et la folie. Parce que la guerre en Europe en 1999, la guerre contre la Serbie, était menée au nom d’une Europe supranationale. C’est une idiotie sanguinaire à laquelle pourraient apporter des réponses adéquates uniquement l’ironie de Swift ou l’humour de Voltaire.

Et maintenant, comme par miracle, tout le monde en Europe est surpris par la tragédie de Paris. La chancelière Merkel, de noir vêtue, déclare sa solidarité. Obama déclare qu’ils sont tous solidaires dans la tristesse avec la France. Et ils devraient l’être. Mais, où était la solidarité avec la Russie pour Beslan, le théâtre de Moscou ou maintenant pour l’avion de ligne abattu avec des touristes au-dessus de Sinaï ? Est-ce que les Européens ont manifesté pour présenter leurs condoléances pour les touristes russes morts ? Est-ce qu’un bâtiment a été décoré avec les couleurs du drapeau russe ? Il n’en est rien, ou du moins, pas autant qu’aujourd’hui, lors du deuil pour la France. Je ne voudrais pas mesurer la quantité de la tristesse internationale, c’est un travail délicat, mais je suis émerveillé par cette ambiance d’hyper sécurité qui règne depuis très longtemps en Occident. Un peu comme le culte du corps éternellement jeune qui n’a pas le droit de vieillir, un rêve infantile d’immortalité ou d’omnipotence, tout ça sous une couche d’un insupportable puritanisme.

« La France est en guerre », disent maintenant les hommes politiques français. Ne me dites pas que les bombardements de la Libye en 2011 étaient une fête pour enfants, ou alors l’intervention dans les conflits en Syrie ? Est-ce que l’élite française flotte dangereusement depuis longtemps dans un monde irréel ? Si vous lancez des bombes sur les autres, loin de votre territoire, vous devez vous attendre à ce que l’adversaire —ou le partenaire dans le crime— vous réponde de temps à autre. Puisque l’adversaire ne dispose pas d’avions, ni de sous-marins, il répondra avec les moyens du bord —le terrorisme. Et puisque les civils sont la cible la plus facile à atteindre, ils frapperont sur eux. Puisque les civils sont aussi des électeurs.

Des appels, des déclarations et des communiqués sur la nécessité d’une lutte commune contre le terrorisme ne sont d’aucune aide. D’abord parce que tous les politiques devraient se mettre d’accord sur ce qu’est le terrorisme. Puisque ce n’est pas possible, car le terrorisme est pour certains une stratégie auxiliaire, il se produira un autre Paris. Ailleurs. Puisque les terroristes sont financés par 40 États…

Traduction : Svetlana Maksovic
Source : Politika (Serbie)

________________________________________________________________

Prises d’otage de 170 personnes au Mali par 2 (ou 3) personnes qui ne revendiquent rien

21 novembre 2015

Prises d’otage de 170 personnes au Mali par 2 (ou 3) personnes qui ne revendiquent rien

Des prises d’otage sans aucune revendication, les terroristes commencent à nous y habituer. Cette dernière au Mali a tout de même fait au moins 18 morts et plusieurs blessés ! Que s’est-il passé dans la capitale malienne ce matin du Vendredi 20/11. En gros, deux (ou trois) personnes décident de prendre en otage 140 clients d’un hôtel de Bamako avec les 30 employés présents, et se font descendre après une intervention rapide (la plus rapide de l’Histoire du monde). Que pourraient bien revendiquer deux personnes qui savent que, de toute manière, ils ne s’en sortiront pas vivants ? Et, en effet, après une action éclair des groupes d’intervention français et américain, cent fois plus rapides pour réagir à des situations se déroulant à des milliers de kilomètres de Paris que dans le 11ème arrondissement, les deux preneurs d’otages ont eu ce qu’ils s’attendaient à avoir.

Il y a eu 22 morts (les chiffres varient) et plusieurs blessés, mais au moins, les agresseurs ont été éliminés. Dégâts collatéraux. Ailleurs qu’en Europe, c’est un chiffre qui, apparemment, a été considéré comme acceptable, surtout en Afrique, à part peut-être pour BFM TV qui relevait : «  Trois otages ont été tués, dont un blanc  ». Mais le plus important, ce n’est ni la prise d’otage, qui n’a aucun sens, ni l’intervention du GIGN et des Américains, mais la revendication de l’attaque sur Twitter par le groupe armé «Mourabitoune», une filiale d’Al-Qaïda, qui sévit dans le Sahel. Voilà sur quoi devra désormais plancher le monde. Les médias insistent là-dessus : ce qu’il faut retenir, c’est que Al-Qaïda a encore frappé, et qu’il faudra venger, d’une manière ou d’une autre, les morts de Bamako. Au Mali. Oui au Mali, car c’est là que cela s’est passé, et c’est là qu’il faudra aller punir les coupables. Tout le monde sait où se trouvent les chefs d’Al-Qaïda, mais, peu importe, ce sera au Mali qu’il faudra envoyer les troupes qui éradiqueront les forces du mal. Quand il y a eu des attentats à Paris, il n’est venu à l’idée de personne d’envoyer des troupes guerroyer en France, mais bon, on sait que les situations ne sont jamais comparables.

Ça tombe bien. Les Allemands et d’autres copains en Europe avaient déjà décidé d’aller jeter un coup d’œil en Afrique, pour « donner un petit coup de main » à la mission française dans ces contrées. La prise d’otage au Mali prouve bien que leur initiative était amplement justifiée, voir prémonitoire. Maintenant que les évènements leur ont donné raison, il n’y a plus qu’à accélérer le déploiement des troupes qui viendront protéger les Maliens qui, pour la plupart d’entre eux, n’avaient jamais entendu parler ou n’avaient qu’une vague idée, avant ce Vendredi, des terribles « Mourabitoune », capables à deux (ou trois) seulement, de contrôler 140 clients d’un hôtel enfermés dans leurs chambres, en plus du personnel dispersé dans tout l’hôtel.

Quel que soit ce que diront les analystes, la prise d’otages au Mali illustre au moins une chose : ceux qu’on nomme Al-Qaïda, Daesh ou autres, n’ont besoin d’aucune raison pour s’attaquer à un pays. Les médias (et Daesh) disaient que Paris avait été attaqué à cause des interventions françaises en Syrie, bien que la France ne soit intervenue que très peu. D’autres, dont le premier ministre Valls, disent que les terroristes ont visé Paris pour s’en prendre au mode de vie des Français, une sorte de French Way of Life. Est-ce aussi valable pour les Maliens ? En tout cas, il n’est pas sûr que l’on verra des pancartes « JE SUIS BAMAKO ».

Avic – Réseau International

   Envoyer l'article en PDF   

Laisser un commentaire