Anecdote française d’Amérique narrée par Christine M., sœur de Michel M.

La bouffe/médecine amerloque…
 
« Wally et moi, qui ne prenons pas de médocs, on en a souvent parlé. Lui, solide comme un Bambara qu’il est, boit son whisky (Jack Daniels), ne fume pas, travaille dur dans son garage, se dépense et ne va jamais voir un docteur.
 
Moi, je fume, je bois ma Stella, je cours partout, tout le temps. Je ne vois pas de toubib pour moi sauf si nécessaire (dentiste, ophtalmologiste pour les lunettes) mais… ils me prennent la tension et le pouls tout le temps, rien à signaler et ça les fait chier : je devrais avoir quelque chose ! Et les papiers à signer pour les dégager de toute responsabilité légale avant le fait, juste au cas où leurs machines auraient tout faux ! C’est pénible.
Bref, j’y vais le moins possible.
 
En 7 ans de vie commune, nous qui aimions inviter, on a reçu… 7 fois. Exactement 7 fois (tout au début parce qu’on y croyait encore. On a appris très vite).
 
4 scénarios pour 7 invitations
 
N°1
Dring, dring, dring…
« – Allo ?
– Hey, Bob (James, Peter, Jessica…) C’est Christine. Comment¸ ça va ?
– Blahblahblah. Blahblahblah. Blahblahblah.
– Je suis désolée de l’apprendre. Dis-donc, ce soir, on fait un Barbecue. Il y aura 3 couples et vous avez tous tellement en commun, ça va être génial de vous voir tous ensemble. Ça vous dit ? Ça te changerait complètement les idées.
– Oh… mais cette invitation, c’est tellement soudain, faut que j’en parle à mon mari/ma femme, à la bonne, au chien… c’est trop soudain, je ne sais pas… la semaine prochaine, ce serait tellement mieux ! Mardi marcherait beaucoup mieux pour nous.
– Est-ce qu’on peut faire ça mardi ?
– Hmmm… Bob, j’invite ce soir. Pas mardi.
– Ce soir, je ne pense pas mais… mardi, on est complètement partants ! On sera là à 7:00. »
Si Bob n’est pas ton patron, tu l’envoies chier. Sinon, en Amérique, ton patron s’impose et tu l’as dans le cul : mardi, tu auras Bob et sa moitié et tu te fendras d’un repas que tu n’avais jamais envisagé et ce sera le bide. On est passé par là.
 
N°2
Dring, dring, dring…
« – Allo ?
– Hey, Bob (James, Peter, Jessica…) C’est Christine. Comment¸ ça va ?
– Blahblahblah. Blahblahblah. Blahblahblah.
– Je suis désolée de l’apprendre. Dis-donc, ce soir, on fait un Barbecue. Il y aura 3 couples et vous avez tous tellement en commun, ça va être génial de vous voir tous ensemble. Ça vous dit ? Ça te changerait complètement les idées.
– C’est tellement sympa ! Que Dieu te bénisse, c’est exactement ce dont nous avions besoin avec tous nos problèmes. Bien sûr qu’on sera là. Qu’est-ce que vous pensez cuisiner ?
– C’est un barbecue. Poulet mariné, porc mariné et bœuf mariné. On choisit ce qu’on veut. Et plein de légumes et de fruits.
– Hmmm… on ne mange pas de porc (un truc tout nouveau aux US depuis 2008 mais ça devient la chienlit). C’est cuit ensemble, sur le même barbecue ?
-Bah oui… A moins que tu apportes le tiens.
-Ah, je suis désolé mais mon barbecue n’est pas disponible. Est-ce qu’il y aurait moyen de cuir le bœuf séparément ?
-Bien sûr ! A la poêle, juste pour toi.» Et je ne t’inviterai plus jamais !
 
N°3
Dring, dring, dring…
« – Allo ?
– Hey, Bob (James, Peter, Jessica…) C’est Christine. Comment¸ ça va ?
– Blahblahblah. Blahblahblah. Blahblahblah.
– Je suis désolée de l’apprendre. Dis-donc, ce soir, on fait un Barbecue. Il y aura 3 couples et vous avez tous tellement en commun, ça va être génial de vous voir tous ensemble. Ça vous dit ? Ça te changerait complètement les idées.
– C’est tellement cool ! Merci de m’inviter ! C’est vraiment génial ! Merci, merci, merci !
– On va s’amuser. Qu’est-ce qu’on va manger ?
– Porc, poulet, bœuf mariné.
– Fantastique ! Avec quoi ?
– Haricots verts, choucroutte, salade avec ma sauce huile d’olive et citron. Et dessert.
– Haricots verts… je suis allergique. Plus le droit d’en manger. Choucroutte… y’a du vinaigre ? Tellement allergique ! Et le dessert, y’a du sucre ? Avec mon diabète, tu comprends…
– Bob, qu’est-ce que tu peux manger ? Peux-tu me donner la liste ?» Et tu ne reviendras plus !
 
N°4
Dring, dring, dring…
« – Allo ?
– Hey, Bob (James, Peter, Jessica…) C’est Christine. Comment¸ ça va ?
– Blahblahblah. Blahblahblah. Blahblahblah.
– Je suis désolée de l’apprendre. Dis-donc, ce soir, on fait un Barbecue. Il y aura 3 couples et vous avez tous tellement en commun, ça va être génial de vous voir tous ensemble. Ça vous dit ? Ça te changerait complètement les idées.
– C’est très chouette. On sera là. »
Et Bob et sa femme viennent. Super, super sympa… On se fend tous la gueule, jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’il y a deux personnes qui sortent de temps en temps : l’hôtesse et un invité, pour s’en fumer une dehors. Bob est un fumeur réformé : il n’y a rien de pire. Le jugement, la critique, la moralisation, le sermon, c’est épique et le mec l’étale. Les fumeurs se disent : «Peut-être qu’il sait quelque chose…»
 
MAIS il est venu avec sa boîte à chaussure. Et dedans, Bob, le fumeur réformé, qui n’a que 46 ans et a arrêté de fumer quand sont toubib lui a ordonné, a ses flacons qu’il dépose religieusement devant «où est mon assiette» ? Un par un, il dépose deux médocs contre le diabète, deux contre l’hypertension, un contre le cholestérol, un contre l’hypothyroidisme, deux contre les brûlures gastriques et deux contre la constipation. Et à intervalle régulier, (entre deux gorgées de vin que son toubib lui a interdit), il s’enfile ses médocs avec un peu de flotte.
 
Quand il a fini, Bob ne touche pas à sa bouffe : il est tellement plein de flotte, de vin et de cachets, il n’a plus faim, il sait plus où il habite MAIS il a la «science» avec laquelle il a sermonné tout le monde contre la fumaillerie et il a l’air d’un con fini.
 
Les fumeurs se gavent de bonne bouffe et apprécient : ils ne font tellement pas confiance en la médecine qu’ils préfèrent vivre sans. A la fin du repas, Wally sort son cigare pour rejoindre «les fumeurs» dehors et tout le monde suit, même les non-fumeurs.
 
Le Bob finit seul, dans le salon, avec le clébard. Il ne reviendra plus… de lui-même.
 
Évidemment, je ne donne pas les vrais noms. Wally et moi, on les a. C’est du vécu. »
Vivement la suite !
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